lundi 10 novembre 2025

Le bleuet de France : un symbole né dans les tranchées

Dans les champs retournés par les obus, au cœur des tranchées boueuses, une petite fleur bleue continue de pousser. Le bleuet, discret mais tenace, résiste là où tant d’hommes sont tombés. Il ne porte pas la couleur du sang, mais celle de l’espoir… L’espoir que cette boucherie sera la Der des Der, si seulement….

Pendant la Première Guerre mondiale, les jeunes soldats français arrivaient au front vêtus d’un uniforme couleur « bleu horizon ». Pour beaucoup ils n’étaient encore que des adolescents ou de jeunes adultes, à peine formés à se battre, jetés dans la tourmente au sortir de la caserne. Ils avaient le cœur vaillant et la volonté d’en découdre rapidement, la fleur au fusil.

Le bleuet est ainsi devenu un double symbole : celui de la jeunesse sacrifiée et de la fleur qui pousse malgré tout.

Après la guerre, deux femmes engagées, deux femmes de devoir et de compassion, Charlotte Malleterre (1867–1945) et Suzanne Leenhardt (1856–1921), ont voulu prolonger ce symbole. Elles ont proposé aux blessés de guerre de confectionner des bleuets en tissu, vendus pour financer leur réinsertion. Ce geste simple est devenu un acte de solidarité nationale. Le bleuet n’était plus seulement une fleur : il devenait un outil de reconstruction.

Née le 4 juin 1867 à Paris, Charlotte Malleterre est issue d’une famille militaire prestigieuse : son père, Gustave Niox, est général et gouverneur des Invalides. En 1892, elle épousera le général Pierre Malleterre, également gouverneur des Invalides, avec qui elle aura plusieurs enfants, dont Jacques, lieutenant de l’Armée de l’Air, pilote d’avion en 14-18. Charlotte s’engage auprès des blessés et mutilés, notamment à l’Institution nationale des Invalides, où elle côtoie les souffrances les plus profondes.



Eugénie Suzanne Leenhardt est née le 8 mars 1856 à Montpellier, dans une famille protestante influente. Son père, Charles Leenhardt, est négociant et président de la Chambre de commerce. En 1878, elle épousera le pasteur Léopold Nègre, qui décède quelques mois plus tard. Leur fils, Léopold Nègre, deviendra un médecin et biologiste reconnu, notamment pour ses recherches sur la tuberculose et sa participation à l’élaboration du BCG.

Charlotte Malleterre a été faite chevalier de la Légion d’honneur le 5 juillet 1934, en reconnaissance de son engagement auprès des mutilés de guerre et de son rôle dans la création du Bleuet de France. La décoration lui a été remise officiellement le 20 novembre 1934.

Femme engagée, infirmière, Suzanne a également joué un rôle essentiel dans la réinsertion des mutilés de guerre après la Première Guerre mondiale, aux côtés de Charlotte Malleterre. Malgré son rôle pionnier, aucune trace officielle d’une décoration comme la Légion d’honneur ne figure dans les bases de données publiques (Base Léonore, Geneanet, Filae). À l’époque, les femmes engagées dans des actions sociales ou humanitaires étaient moins souvent décorées, sauf si elles occupaient des fonctions officielles ou militaires reconnues. Suzanne Leenhardt est décédée en 1921, soit avant la création officielle du Bleuet de France en 1925, ce qui pourrait expliquer l’absence de reconnaissance posthume. Suzanne Leenhardt était encore active quelques années auparavant, notamment dans son rôle d’infirmière major aux Invalides, ce qui laisse penser à une mort naturelle ou liée à l’âge (65 ans).

Depuis, chaque 11 novembre, le bleuet refleurit à la boutonnière. Il rappelle les combats, les vies brisées, mais aussi les gestes de soutien et de mémoire. Il est vendu pour aider les anciens combattants, les veuves, les orphelins, et aujourd’hui aussi les victimes du terrorisme. Il incarne une mémoire vivante, tournée vers l’action.

Dans les pays du Commonwealth, c’est le coquelicot rouge qui joue ce rôle ; il est porté au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande comme emblème du souvenir, notamment lors du Remembrance Day (ou Poppy Day). Inspiré par le poème In Flanders Fields, écrit en 1915 par le médecin canadien John McCrae, il évoque les fleurs poussant sur les tombes des soldats. Mais en France, le bleuet a été préféré, car il parle d’une histoire nationale, d’un uniforme, d’un engagement collectif.

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Pour en savoir plus :

Notre histoire - Bleuet de France

Marie Charlotte Malleterre - La Malle des ancêtres

Suzanne Leenhardt Nègre Dautheville (1856-1921) Archives familiales

John Mc Crae - Alchetron, l’encyclopédie sociale libre

John Mc Crae | l'Encyclopédie Canadienne

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