D’après
la définition du CNRTL, le charron est un « artisan
ou ouvrier qui construit et répare les trains des véhicules à
traction animale (charrettes, chariots, etc.), en particulier, les
roues de ces véhicules » ;
c’est donc « un constructeur de voitures » comme
dirait Boileau dans son Dictionnaire des métiers.
De
tout temps, l’homme a voulu se déplacer, le plus rapidement
possible, en transportant de lourdes charges. Les besoins de la
guerre motivaient les mêmes obligations.
La « roue »
date de la fin du Néolithique, entre 3 500 et 3 000 av. J.-C.
Son lieu d’invention est souvent attribuée à la Mésopotamie
(civilisation sumérienne), mais des découvertes en Ukraine et dans
les Alpes suggèrent une diffusion plus large. Les Egyptiens avaient
des chars et les dieux étaient représentés sur des chariots. En
France, nos « rois fainéants » utilisaient de
lourds chars tirés par des bœufs, mais leurs roues étaient
pleines. Quel progrès lorsque le charron sut faire des roues à
moyeu, à la fois plus légères et plus résistantes !
Autrefois, chaque
village avait son charron.
Comme le maréchal-ferrant et le bourrelier, il était indispensable
aux agriculteurs puisque c’était lui qui fabriquait et entretenait
le matériel nécessaire au transport, depuis les brouettes jusqu’aux
chars à bœufs en passant par les charrette à banc.
La construction des
charrettes l’occupait généralement en hiver et au printemps. Les
mois d’été étaient réservés à l’usage des charrettes et
donc à leur réparation.
La majeure partie
de son travail se faisait en plein air parce que les bois de charron,
sous l’effet de la chaleur, avaient tendance à se déformer ou à
se courber.
*
Le charron s’occupe
tout spécialement
de la construction des « voitures
de fatigue », telles
que chariots, charrettes - véhicules
fonctionnels,
construits pour résister à l’usure et aux mauvaises routes, sans
recherche d’esthétique par
opposition aux voitures « de
luxe » ou « de
promenade », plus légères
et élégantes - c’est lui qui fait les brouettes et presque tous
les instruments employés dans l’agriculture, la charrue, la herse,
le rouleau, les semoirs, etc. On
peut dire qu’il est le
spécialiste des roues de
transport (moyeu, rais, jantes, cerclage de fer) ; par
contre,
la grande roue d’un moulin, par exemple, relève des compétences
d’un charpentier. Et
si
le charron réalise les roues
et les trains de voitures suspendues, la caisse et les accessoires
sont du ressort du sellier carrossier.
Le charron doit
savoir travailler le bois comme le menuisier, et le fer comme le
forgeron ; aussi, dans l’atelier du charron, on trouve à peu près
tous les outils du menuisier : la scie, le rabot, les ciseaux,
le maillet, le marteau, les vrilles, le vilebrequin, la hache, et une
plane ; une plane est une lame d’acier tranchante d’un côté sur
toute sa longueur avec deux petites poignées en bois.
Le cric ( ou
« chèvre »)est indispensable au charron pour
soulever les voitures et pouvoir ajuster et démonter les roues :
cet instrument se compose d'une pièce de bois dans laquelle est
posée une crémaillère en fer que l'on fait monter ou descendre à
l'aide d'un petit pignon et d'une manivelle ; il y a un petit loquet
qui empêche la crémaillère de redescendre quand on l'abaisse.
Dans un atelier de
charronnerie, on retrouve également tous les sons du fer forgé :
une roue, un moyeu, une lime, l'étau, etc.
Il
arrive souvent que le charron ait besoin de faire des pièces courbes
; il pourrait bien faire une roue avec une seule pièce de bois
courbe, en entaillant le milieu ; mais alors elle n ’aurait
pas de solidité. Il faut donc courber le bois en l'exposant à la
vapeur d'eau et en le maintenant ensuite dans sa courbure, de manière
à ce que le bois prenne la forme voulue.
Les chaînes, les palonniers sont
aussi du ressort du charron.*
Pour construire une
roue, le charron commençait par la confection du moyeu, le
« noyau de la roue » ;
réalisé dans un bois dur (souvent l’orme, noueux et résistant),
il était dégrossi à la scie à ruban puis passé au tour à
pédale ; ensuite, l’artisan creusait les logements des rais
au ciseau à bois et perçait un trou en son centre, destiné à
recevoir l’essieu en fer.
Sciés, repris à
la plane, les rais étaient alors enfoncés dans le moyeu. Une fois
découpés, les éléments de jante étaient assemblés entre eux
puis aux rayons par des tenons. Leur rôle était
de transmettre la force du
moyeu vers la jante ; plus
les charges étaient lourdes, plus les jantes étaient larges pour
protéger les routes.
Venait alors le ferrage de la roue (ou
cerclage), indispensable pour
la maintenir assemblée et la protéger de l’usure. Le charron
coupait une barre de fer qu’il passait à la cintreuse pour en
faire un cercle, et la chauffait
au rouge dans le feu pour la
dilater. Le cercle était alors appliqué sur la roue et
immédiatement aspergé d’eau
pour qu’il ne brûle pas le
bois ; le fer se resserrait en refroidissant, liant solidement
bois et métal ; quelques
clous à grosse
tête pouvaient renforcer l’ensemble.
Le
charron travaillait le bois et le fer, mais le forgeron pouvait aussi
intervenir pour l’essieu ou
les cercles métalliques.
Lorsque
l’assemblage des différentes pièces de bois était achevé, on
procédait au ponçage, puis à l’opération de peinture ou de
teinture. Enfin, le charron effectuait l’assemblage final : il
ne restait plus qu’à ajuster la roue à la charrette.
Il
était très important de respecter les étapes et de bien suivre les
consignes pour obtenir un produit de qualité.*
La
réalisation d’une roue par le charron suivait donc
un
enchaînement précis : préparation du moyeu, insertion des rais,
assemblage des jantes, puis ferrage à chaud.
Chaque étape demandait une grande maîtrise du bois et du métal.
Il
ne vous a pas échappé que, derrière
son image artisanale et rurale, le
métier de charron,, était en réalité un
métier à haut risque,
exposant l’artisan à de nombreux dangers quotidiens.
Le
ferrage des roues nécessitait de chauffer le cercle de fer au rouge
dans un grand feu : une
étincelle ou une maladresse pouvait embraser l’atelier, et
endommager gravement l’environnement professionnel, si
ce n’est l’artisan lui-même ;
manipuler
le fer incandescent, l’arroser à l’eau, ajuster rapidement sur
le bois exposait les mains et les bras à des brûlures très
graves ;
de
même
l’arrosage du fer chaud produisait des nuages de vapeur brûlante
et des odeurs âcres de bois chauffé.
Le charron était
également exposé aux particules de bois : scie, rabot, plane,
ciseau à bois généraient une poussière fine, irritante pour les
poumons et les yeux. Quant aux outils tranchants (herminette, scie,
gouge), plus d’un charron s’est vu infliger des blessures
particulièrement profondes.
Manipuler les
essieux, les jantes ou les charrettes demandait une force physique
importante, avec des risques non négligeables de chutes ou de
blessures au dos.
Une délégation du
CHSCT s’arracherait les cheveux au vue des conditions de sécurité
qui, chaque jour, mettaient en péril la vie de ces hommes….
Le
savoir-faire du
charron exigeait
donc
une
vigilance constante, une maîtrise des gestes et une résistance
physique ; si
le
tour
à pédale ou
la
scie à ruban
ont
tranché plus d’un doigt, la
cintreuse
ou
l’enclume
ont
écrasé des chairs.
Mais
ça, c’était avant….Tributaire du monde
paysan, le charron a connu lui aussi l’évolution. Les remorques
métalliques succédèrent aux charrettes en bois. Les chevaux et les
bœufs ont laissé la place aux véhicules motorisés ; il ne
reste aujourd’hui que le souvenir de ce nom ; bon nombre
d’artisans durent se reconvertir dans la carrosserie et le travail
des métaux.
*
Pour en savoir plus :
Association Le Vieil Erstein ùn rund um's Kanton - Reportage ............Métiers anciens d'Erstein - LES CHARRONS
Notions
sur les arts et métiers, contenant l'explication des images
représentant les sujets suivants : le maçon, le menuisier, le
serrurier, le charron, le cordonnier, le tisserand, le vannier, le
potier, l'imprimeur typographe, l'imprimeur lithographe, à l'usage
des salles d'asile / par M. Boucard
(Gallica)
Le Charron, ancien métiers et ses vieux outils
Charron(métier) — Wikipédia
Nouveau manuel complet du charron-forgeron : traitant de l'atelier et del'outillage du charron, des matériaux mis en oeuvre par lui, dutravail de la forge, de la construction du gros et du petit matériel,et de toutes les questions qui ont trait au charronnage (Nouvelleédition) / par M. G. Marin-Darbel,... | Gallica
hs-n10-charron.pdf