vendredi 9 octobre 2026

Quand l'atelier devient le point de départ d'une nouvelle enquête (2/2)

La question de l'orthographe des patronymes — en particulier le passage entre les graphies historiques des registres et les formes modernisées — est un sujet qui touche à l'histoire linguistique de la région.

J’en reviens donc à ma question de départ : Loechner ou Lochner ou bien encore Löchner ? Das ist die Frage…. Ibi est quaestio !

La question de l’orthographe

Dans les textes et registres anciens en allemand (écriture gothique Kurrent) ou dans leur transcription latinisée par les scribes, un « e » minuscule était souvent placé juste après une voyelle (comme le o de Loechner) pour indiquer que cette voyelle était longue. C'est l'ancêtre direct ou l'équivalent graphique du tréma (Umlaut). Ainsi, Loechner se prononçait et s'équivalait à Löchner.

Les curés et notaires d'Alsace rédigeaient la plupart du temps les actes en latin ou parfois en français selon les époques et les édits royaux. Ils phonétisaient les noms germaniques selon leur propre perception ou les règles de la chancellerie. Un nom pouvait ainsi varier d'une décennie à l'autre dans la même famille : Loechner, Lochner, Loechler, ou même Lachner.

Aujourd'hui, les logiciels de généalogie (comme Généatique), les moteurs de recherche des archives départementales ou de bases comme Geneanet gèrent ces variations grâce à des « soundex » ou des moteurs phonétiques. Forcer un tréma moderne (Löchner) là où l'acte écrit Loechner peut parfois créer des micro-blocages dans les indexations strictes ou perturber l'harmonisation visuelle d'un arbre si l'on souhaite coller au plus près de la source originelle.

Dans la pratique rigoureuse de la paléographie et de la saisie, beaucoup de généalogistes choisissent de s'en tenir strictement à la graphie majoritaire relevée dans les actes anciens de la branche, quitte à documenter les alias dans les champs prévus à cet effet dans le logiciel.

La paléographie alsacienne

L'étude de la paléographie alsacienne nécessite non seulement de déchiffrer des écritures anciennes (gothique, Kurrent, Sütterlin), mais aussi de maîtriser les spécificités de la langue allemande - ou de l’alsacien - ainsi que le latin selon les époques.

Pour apprivoiser les alphabets, il vous faudra vous familiarisez-vous avec l'écriture Kurrent, utilisée en Allemagne et en Alsace jusqu'au milieu du XXe siècle, notamment remplacée par la Sütterlin dans les années 1930-1940). D’autre part, un dictionnaire d'ancien allemand ou de termes juridiques et administratifs germaniques d'Ancien Régime vous sera plus efficace qu'un dictionnaire d'allemand moderne.

J’avoue que je ne me sens pas à reprendre des études aussi complexes et variées ; la généalogie doit rester un loisir et non une contrainte ; alors, je fais confiance à l’IA ! Je vérifie bien chaque filiation et normalement, ça se passe bien.

Ca se passe bien d’autant plus que les actes paroissiaux de la vallée de la Bruche – Oberhaslach, Niederhaslach et autres – sont rédigés en latin !

L'appartenance à la principauté épiscopale de Strasbourg

Ici la situation linguistique et liturgique des registres s'explique par l'histoire particulière de ces territoires.

En effet, contrairement aux villages protestants ou d'autres seigneuries germanophones de la plaine d'Alsace, la région de Niederhaslach et Oberhaslach faisait partie de la seigneurie de Haslach, possession directe des évêques de Strasbourg. En tant que terre d'Empire relevant du prince-évêque, la paroisse était fortement ancrée dans le giron catholique romain. La rédaction des actes obéissait donc aux directives de l'Église catholique et du diocèse de Strasbourg, qui imposaient l'utilisation du latin pour les actes sacramentaux (baptêmes, mariages, sépultures) des registres paroissiaux, et ce, bien avant et après le rattachement à la France.

Même si le prêtre rédigeait la trame de l'acte en latin – comme ci-dessus l'acte de baptême de Joseph Metzger en 1699 / AD 67 BMS page 32/161 - la réalité locale transparaît toujours à travers les noms de famille et prénoms souvent germanisés ou orthographiés selon la phonétique locale.

Naïvement, je pensais trouver des actes en français après la Révolution Française, l'Alsace ayant été rattachée à la France dès 1648 (traités de Westphalie) et divisée en départements (Bas-Rhin et Haut-Rhin) dès 1790. De plus, sous la Terreur et la Convention (1793-1794), le décret d'août 1793 imposait l'usage exclusif du français dans tous les actes publics.

Pourtant, l'utilisation de l'allemand et du Kurrentschrift en 1795 vont perdurer, comme le montre cet acte de mariage de 1795 :

Sur le terrain, la population rurale de la vallée de la Bruche continuait de parler l'alémanique. Les scribes, notaires, secrétaires de mairie ou juges de paix locaux - souvent les mêmes personnes et formés aux anciennes méthodes sous l'Ancien Régime - continuaient naturellement à rédiger les actes administratifs et notariés dans la langue et l'écriture qu'ils maîtrisaient le mieux pour être compris des administrés.

En 1795, c'est le début du Directoire. La période révolutionnaire la plus stricte concernant l'interdiction de l'allemand s'est un peu assouplie. Dans les faits, dans les zones frontalières et germanophones comme l'Alsace ou la Moselle, l'administration centrale a dû faire preuve de pragmatisme : pour que les habitants comprennent les contrats, les inventaires ou les actes de vente, les rédacteurs continuaient d'utiliser l'allemand et les caractères gothiques cursifs (Kurrent).

Quand on regarde la structure de cet acte de 1795, on y voit un mélange de formules administratives de la République mais rédigées en allemand et en Kurrent ; l'écriture possède cette forme pointue et serrée caractéristique, élégante dirai-je, avec des lettres montantes et descendantes très prononcées. On y reconnaît les tracés typiques du Kurrent, le double « s » en fin ou milieu de mot sous forme de « b » (Eszette), les majuscules gothiques alambiquées.

Quant au texte, il est rédigé en allemand ; on repère des mots comme « Gemeinde » ou des noms propres germaniques.

La normalisation administrative

C'est donc tout à fait normal de croiser encore des documents entièrement rédigés en allemand et en écriture gothique en Alsace durant toute la période révolutionnaire et même au début du XIXe siècle pour certains actes notariés ou municipaux, avant que la francisation administrative ne devienne totalement effective. La répression a dû être terrible….

Au début du XIXe siècle, les notables locaux ou anciens scribes formés sous l'Ancien Régime ou au début de la Révolution ont peu à peu cédé leur place à une nouvelle génération de fonctionnaires municipaux ; ces derniers étaient formés dans le cadre de l'école républicaine et impériale, où le français était la seule langue d'enseignement de l'écrit et de l'administration.

En 1803, par exemple, les actes d’état civil sont encore en latin à Oberhaslach, puis ils passent en Kurrent jusqu’en 1814. En 1815, ils sont rédigés en français ; j’y vois le changement marquant et décisif d’une période où la chute de l’Empire napoléonien coïncide avec la Restauration et le retour des Bourbons.

Il faudra attendre la guerre de 1870 et l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Empire allemand pour que le mouvement s'inverse brutalement - une fois de plus ! - et que l'allemand redevienne obligatoire dans les registres à partir de 1871.

L’alsacien, un acharné du travail

Il n’y a pas de fumée sans feu, aussi, je veux bien croire que si le Breton a la réputation bien ancrée d'être têtu – je dirais plutôt obstiné et fier de ses traditions - l'Alsacien hérite quant à lui d'une réputation tout aussi marquante dans l'imagerie populaire française.

L'Alsacien est souvent perçu à travers le prisme de l'efficacité, du sérieux et du respect de l'ordre. Tout comme le Breton est lié à sa mer et à sa terre de granit, l'Alsacien est indissociable de son vignoble, de ses villages fleuris et de sa culture frontalière. Cette résilience s'est façonnée à travers l'histoire mouvementée de la région, marquée par les changements répétés de nationalité et les épreuves des conflits, forgeant un caractère fort, discret mais tenace.

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Pour en savoir plus :

Généalogie Alsace Lorraine Vosges - CRHF - Centre de Recherches sur l'Histoire des Familles Haut-Rhin Guebwiller - Publications > 

Paléographie - Cercle historique de Ribeauvillé

Généalogie Alsace

Euloge Schneider, légende de la Terreur - D'Alsace et d'ailleurs

Vie et mort d'Euloge Schneider, ci-devant franciscain : des Lumières àla Terreur, 1756-1794 / Claude Betzinger | Gallica

De la Révolution au Second Empire - Archives Alsace

1793: La Terreur révolutionnaire en Alsace – Alsaciae – Chroniquesd'Alsace ©

Magazine. La tourmente révolutionnaire dans les “Saisons d’Alsace”

Quand l'atelier devient le point de départ d'une nouvelle enquête (1/2)

Animer des ateliers de généalogie, c’est avant tout partager une passion, transmettre des méthodes et guider pas à pas. Mais c’est aussi s'exposer à la formidable complexité de nos histoires familiales !

Il ne se passe pas une séance sans qu’un participant ne soulève un cas particulier, une incohérence dans un parcours de vie ou un mystère d’état civil inédit. Face à ces interrogations spontanées, la réponse immédiate n'existe pas toujours.

C’est précisément ce qui fait tout le sel de mon rôle : accepter de ne pas tout savoir tout de suite pour transformer chaque question en défi. Enfiler le tablier de chercheuse, fouiller les bases de données, croiser les sources et mener l’enquête... pour que, séance après séance, la curiosité de chacun devienne une stimulation partagée.

Cette fois-ci, je me suis heurtée à la question de la langue : pourquoi telle orthographe plutôt qu'une autre ? LOECHNER ou LOCHNER ? Celle-ci ne fait pas très allemande… et bien non… si ! Enfin, non, puisqu’elle est alsacienne …. Alsacienne, allemande, où est la frontière ? Bref, une nouvelle énigme à soulever !

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LOECHNER ou LOCHNER ?

Dans la branche paternelle de mon arbre, j’ai plusieurs patronymes qui semblent issus de la même famille alsacienne.

Dans GENEANET - liste de tous les noms / Affichage long - je retrouve :

  • 1 LOCHNER :  Anne Marie LOCHNER 1712-1782 & Antoine RAEPPEL 1702-1782

  • 2 LOECHNER :

    • Jean Jacques LOECHNER †1733 & Anne Marie CRON 1698-1768

    • Marie Barbara LOECHNER 1733-1808 & Jean Thomas STRUBEL 1730-1789

Sont-ils de la même famille, de la même lignée et pourquoi une telle différence d’écriture ?Dans un premier temps, j’ai recherché l’origine des deux patronymes : qu’il s’agisse de LOCHNER ou de LOECHNER, les origines sont de l’Est, côté allemand voire autrichien.

Je pars du postulat que 1/ j’ai mal recopié les actes, 2/ les patronymes ont été « francisés » ; je vais rechercher pour chacun des couples formés les variantes orthographiques dans les actes de mariage et conserver rigoureusement l’orthographe des actes.

Vous allez voir, au fur et à mesure de l’avancé de cet article, que cette recherche va m’entrainer à la découverte de nouveaux ancêtres insoupçonnés !

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Le couple Anne Marie LOCHNER 1712-1782 & Antoine RAEPPEL 1702-1782

Un enfant du couple, Marie Anne, est la première épouse de Jean DEIBER, mon SOSA 128. Il m’a donc été très aisé de retrouver leur acte de mariage dans les AD 67 (AD 67 BMS page 56/111).


J’ai alors pu noter la filiation exacte des deux futurs :

  • Johannes Deyber, fils de Joseph Deyber et Maria Görig,

  • et Maria Anna Rappel, fille d'Antoni Rappel et de Anna Maria Löechner.

Le couple Jean Jacques LOECHNER †1733 & Anne Marie CRON 1698-1768

Je suis redescendue aussi loin que possible jusqu’à rencontrer le couple Jean Jacques DEIBER et Madeleine LOECHNER ; Jean Jacques est un descendant direct de Jean, mon SOSA 128, à la 4ème génération ; il était son AApetit-fils.

Ensuite, j’ai recherché dans les AD 67 chaque acte de mariage des couples concernés pour vérifier l’orthographe des patronymes :

  • Acte de mariage DEIBER Jean Jacques et LOECHNER Madeleine (15/10/1893 à Oberhaslach) : AD 67 n°5 page 6/8

  • Acte de mariage LOECHNER Reinhard et KLEIN Anne Marie (24/04/1864 à Oberhaslach) : AD 67 n°4 page 3/8

  • Acte de mariage LOECHNER Florent et GEYER Marie Anne (10/05/1830 à Oberhaslach) : AD 67 n°9 page 6/9

  • Acte de mariage LOECHNER Mathias et STOECKEL Thérèse (17/11/1795 à Oberhaslach) : AD 67 n°1 page 26/30 

  • Acte de mariage LOECHNER Florent et METZGER Maria Magdalena (1756 à ?) : non trouvé…..

Tout est d'abord noté à la main sur mon fidèle cahier. Puis, au moment de tout basculer dans le logiciel... oh surprise ! Je m'aperçois que mes ancêtres directs, les Sosa 270 et 271, ne sont autres que le couple LOECHNER - METZGER. Et pour couronner le tout, Marie Barbara LOECHNER se révèle être la propre sœur de Florent, grâce à leur filiation commune….

A ma décharge, j’ai très certainement « francisé » les patronymes, un peu rapidement et sans rigueur, je dois l'avouer. J’apprends à mes dépends, qu’il est préférable de s'en tenir à la graphie exacte des registres.



dimanche 4 octobre 2026

De femme et d'acier de Cécile CHABAUD

De femme et d’acier est un roman biographique et historique qui retrace le destin hors du commun du docteur Nicole Mangin - connue aussi sous le nom de Nicole Girard-Mangin - l'unique femme médecin affectée sur le front français durant la Première Guerre mondiale.

L’auteure, Cécile CHABAUD, « née en 1976, est professeure de lettres dans un collège. Amoureuse de la littérature classique et des mots, elle est aussi à l’origine de nombreux projets mémoriels d’envergure menés avec ses élèves ». Cet excellent récit a reçu Le prix des Femmes de Lettres et Le Prix de l’Aventure Humaine.

Le récit s'ouvre le 5 juin 1919 à Paris. Alors que la nuit tombe, le docteur Nicole Mangin, âgée de 40 ans, cherche le sommeil et se plonge dans ses souvenirs.

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Charlotte Florence Nicolette Mangin est née le 11 octobre 1878 à Paris (AD 75 n°4536 page 30/11) au 195 rue de Charonne. Fille de Charles Auguste, employé de commerce, et de Marie Emilie Lambinet, elle entreprend des études de médecine, qu’elle abandonne contrainte et forcée lors de son mariage avec André Girard le 16/10/1899 à Paris (AD 75 n°777 page 6/26) ; André est négociant en vins, originaire de Saint-Hilaire-Saint-Florent, petite commune du Maine et Loire, près de Saumur.

Le couple aura un seul enfant, Étienne, né le 2 mars 1901 à Saint-Hilaire-Saint-Florent. Mais Nicole s’ennuie, regrettant amèrement le monde médical. Profitant des comportements inappropriés d’un mari volage, elle demande le divorce et revient sur Paris.

Elle reprend ses études avec vigueur et ténacité, devant constamment faire ses preuve, s'imposer par son rigueur professionnelle, évoluant dans un univers profondément misogyne. A force de travail et de pugnacité, elle est désormais diplômée de la Faculté de médecine de Paris en 1903 et devient médecin spécialiste dans la lutte contre la tuberculose et les maladies contagieuses ; c’est alors qu’elle est mobilisée par erreur au début de la Grande Guerre, en raison de ses initiales : Dr Gérard Mongin au lieu de Dr Girard-Mongin Nicole. Alors qu'elle aurait pu faire corriger cette erreur et rester à l'arrière, elle choisit de faire face et de mettre ses compétences au service des soldats.

Bien évidemment, j’ai recherché sa fiche matricule dans les archives ; mais je ne l’ai pas trouvée ! Justement parce que l’Administration Française s’était trompée…..

En 1914, l'armée ne mobilisait pas de femmes médecins. Son ordre de mobilisation lui avait été envoyé en raison d'une confusion de l'administration militaire, qui pensait convoquer un homme ; de plus, Nicole n’était pas issue du cursus des écoles de santé militaire de l'époque - réservées aux hommes ! - et s'étant présentée directement sur les zones de combats avec son ordre de route initial, elle a été rattachée au service de santé sans passer par le parcours de recrutement classique des classes de mobilisation territoriale ou d'incorporation des conscrits qui génèrent les fameuses fiches matricules départementales par classes d'âge. C'est toute l'ironie tragique de son destin : elle a exercé au front avec un grade d'officier - médecin aide-major puis médecin-major - tout en restant une « ombre » pour l'administration militaire, qui a longtemps cherché à effacer l'anomalie de sa présence.

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Outre son combat quotidien contre la misogynie, Nicole plonge au cœur des hôpitaux militaires de campagne dans une ambiance chaotique et destructrice, côtoyant la souffrance extrême des poilus, bravant les bombardements et la violence des combats pour soigner les corps brisés.

« Lorsqu’il entra, un haut-le-cœur lui fit porter sa main à la bouche. Mais il se reprit et se mordit les lèvres ; sa virilité était en jeu. Il me suivait dans l’allée centrale. Je ne voulais pas parler et me contentais de hocher la tête en direction des malades que je lui présentais. C’étaient des péritonites, des hémorragies intestinales, des méningites cérébro-spinales. Ici des visages dévorés de purpura, là des hommes délirants, bavant, proférant d’incompréhensibles menaces et partout des selles, du sang …. Fouquet tint quelques minutes, puis sortit en courant. Quand je le rejoignis, il s’était vomi sur les pieds. »

Affectée dans divers hôpitaux de campagne — notamment sous les bombardements à Verdun —, elle a dirigé des services de soins, lutté contre les épidémies de typhus et de tuberculose qui décimaient les tranchées, et a fait preuve d'un courage immense salué notamment par ses pairs masculins.

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À travers le destin hors du commun de cette unique femme médecin mobilisée sur le front français dès 1914, ce livre offre une perspective bouleversante sur la Première Guerre mondiale, nous plongeant dans la boue, le sang et la détresse quotidienne des tranchées, vus à hauteur d'homme – et à travers le regard d'une femme d'exception.

Le grand mérite de cet ouvrage est de ne rien éluder des conditions de vie terrifiantes des poilus. En plaçant son héroïne au cœur de foyers de souffrance absolue comme l'hôpital de Bourbonne-les-Bains puis dans la tourmente de Verdun, l'autrice restitue avec une grande justesse documentaire – et sans langue de bois - la terrible réalité sanitaire du front. Nicole Girard-Mangin affronte sans relâche l'omniprésence des mutilations, les ravages des obus, de la mitraille et des gaz asphyxiants ; elle opère dans des conditions spartiates et sous la menace constante des bombardements. Qu’il s’agisse de la description de la promiscuité, de la boue glacée, du froid mordant des hivers dans les tranchées et de la fatigue chronique qui ronge les organismes, rendant les corps aussi vulnérables à la maladie qu'aux armes ennemies, rien ne nous est épargné.

Pourtant, c'est précisément cette altérité qui permet de révéler toute la dignité des poilus. Moins prisonnière des codes rigides de la hiérarchie militaire traditionnelle, Nicole pose sur les soldats un regard profondément humaniste. Elle ne voit pas seulement des combattants, mais des hommes brisés et terrifiés par l'abomination de la guerre, qu'elle écoute, réconforte et soigne avec un dévouement absolu.

Au-delà de la description historique des horreurs du front, le livre illustre magistralement la force de la résilience humaine. Face au chaos, le personnage de Nicole Girard-Mangin incarne cette conviction que « nul n'a le droit d'être inutile ». Son obstination à sauver des vies, à faire face à l'adversité sans jamais plier, fait écho à la résistance silencieuse des poilus eux-mêmes, qui trouvaient dans la solidarité de tranchée la force de survivre à l'impensable.

Ironie du sort, elle qui avait passé toute la guerre à sauver des vies et à combattre la maladie est décédée le 6 juin 1919 (AD 75 n°1473 page 16/31) - soit au lendemain de la date où s'ouvre le roman - à l'âge de 40 ans, d'une surdose médicamenteuse…..

Quand on regarde le parcours incisif et viscéralement tourné vers l'action de Nicole Girard-Mangin, l'idée d'un « après-guerre » synonyme de silence, de retrait ou d'inutilité forcée a de quoi effrayer. Pour une femme qui avait arraché sa place au front, respiré l'urgence et mené un combat sans répit, l'arrêt brutal des hostilités et le retour à une normalité étriquée ont pu ressembler à une forme d'asphyxie.

Il me semble que c'est précisément cette peur de devenir « inutile » ou de perdre le sens de son combat qui a poussé cette femme d'acier à briser sa propre armure…. Mais cette réfléxion n'engage que moi !

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C’est un écho puissant.... Cette devise, « nul n'a le droit d'être inutile », résume à elle seule la force vitale et l'engagement de figures comme Nicole Girard-Mangin, qui a consacré sa vie à soigner, à réparer et à refuser de plier face aux injustices ou aux assignations de son époque.

Je me sens particulièrement solidaire de cette femme ; dans une moindre équivalence, j’ai dû faire face à des collègues qui ne m’ont pas toujours appréciée, car issue d’un parcours différent du leur. Mon cursus était différent car j’ai embrassé la carrière de travailleur social plus tardivement que la plupart d’entre elles ; loin de moi l’idée de me sentir illégitime, il m’a fallu faire mes preuves et travailler toujours plus pour avoir, moi aussi, le droit d’être reconnue comme l’une des leurs.

Après vingt-cinq ans au service des autres en tant qu'assistante sociale, j’ai besoin de continuer aujourd'hui à transmettre, à faire vivre la mémoire à travers mes recherches généalogiques, et à guider les autres dans la découverte de leur propre histoire ; l'utilité aux autres et au monde reste un véritable fil conducteur.

« Nul n'a le droit d'être inutile » est une phrase d'une intensité bouleversante, qui porte en elle toute une philosophie de la transmission et de l'effort. 

J’ai la conviction profonde que l'existence se mesure à ce que l'on lègue aux autres, à ce fil que l'on refuse de lâcher. Transmettre, que ce soit par l'engagement d'une vie, le soin apporté aux plus fragiles, ou la sauvegarde de la mémoire familiale et collective, c'est une façon de s'inscrire dans le monde et de ne jamais cesser d'être vivant.

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Pour en savoir plus :

Nicole Girard-Mangin — Wikipédia

Nicole Girard-Mangin | SFR

Nicole Girard-Mangin, médecin au front – L'Histoire par les femmes

Nicole Girard-Mangin, une héroïne oubliée de la Grande Guerre (par CécileChabaud). | Theatrum Belli

Edith Cavell et Nicole Mangin, deux femmes en guerre - Ville de Paris

Nicole Girard-Mangin, médecin (1878-1919) – Femmes savantes, femmes descience

https://janinetissot.fdaf.org/GIRARD-MANGIN%20Nicole.pdf

vendredi 2 octobre 2026

Actu SEPTEMBRE 2026

 

Voici des actualités glanées ça et là,

des articles repérés sur des blogs…

Au hasard de mes lectures et de mes recherches


I. ACTUALITES

Sortie de Généatique 2027 : le CDIP a officialisé le lancement de sa nouvelle version logicielle (Généatique 2027).

Parmi les innovations phares de cette édition figurent l'intégration poussée d'outils d'intelligence artificielle, des marqueurs visuels optimisés, ainsi qu’une géolocalisation directement enrichie sur cartes historiques et une base cartographique internationale facilitant le repérage des lieux-dits.

En été 2025, j’ai acquis GENEATIQUE 2026 et je n’ai pas été déçu, mais il faut avouer que l’achat d’un logiciel n’est à prendre à la légère, aussi je réfléchis encore pour cette mise à jour intéressante au regard d’une géolocalisation concrète des lieux de vie de mes ancêtres.

Toute l’actualité de Geneatique sur Flipboard

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Faire de la généalogie est une aventure passionnante, mais entre la multitude de sites d'archives, les logiciels, les méthodes de recherche et les blogs spécialisés, il est facile de se sentir submergé.

Flipboard : un magazine social

Souvent perçu comme un simple magazine d'actualités, cet outil gratuit s'avère être un véritable couteau suisse numérique pour organiser sa veille et progresser pas à pas.

Flipboard est une application de curation de contenus et de veille en ligne, disponible sur ordinateur, tablette et smartphone. Elle fonctionne sous la forme d'un « magazine social » interactif : vous y feuilletez des articles, des tutoriels, des infographies et des vidéos provenant du web entier, mis en page de manière fluide et très agréable à lire. 

Flipboard : un outil idéal

  • il centralise l'information sans effort : plutôt que de multiplier les favoris sur votre navigateur ou de courir après les blogs, Flipboard vous permet de suivre au même endroit l'actualité des grands sites de référence (archives départementales, plateformes comme Geneanet ou Filae, blogs de passionnés….

  • Vous pouvez profiter de veilles expertes existantes : de nombreux acteurs de la généalogie - comme Geneafinder avec son magazine de plus de 2 000 articles, ou des passionnés indépendants - créent et alimentent des « Magazines » thématiques publics sur Flipboard ; en vous y abonnant, vous accédez directement aux meilleures ressources pédagogiques sélectionnées par des experts,

  • Vous pouvez apprendre les bonnes pratiques : vous y trouverez facilement des retours d'expérience, des astuces de paléographie - lecture des écritures anciennes - des méthodologies pour débuter son arbre ou des guides sur l'utilisation des recensements et des registres paroissiaux.

Et il suffit simplement de cliquer sur un article pour le consulter ou bien une vidéo pour la visionner : c’est aussi simple que ça !

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Climat Historique : Canicules et Grands Hivers d'Antan

Professions Ancestrales : Histoire du Travail Familial

70+ Ressources sur les Épidémies Historiques | Généalogie

Mémo Classement Archives Départementales | Généalogie

Familles recomposées au fil des siècles : comprendre veuvages, remariages et liens familiaux

Préparer un kit généalogique : le guide complet pour initier un proche à la généalogie

Archives Municipales en Ligne : Liste Complète par Région

La vie autour de la ferme familiale : domestiques, voisins et saisonniers

Nosancêtres instituteurs : retrouver la trace des maîtres d’école

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Federico García Lorca, « l’âme chantante de l’Espagne » (1/2) | Gallica

Federico García Lorca, « l’âme chantante de l’Espagne » (2/2) | Gallica

Préparez votre rentrée avec Gallica | Gallica

Auguste Escoffier : un Chef humaniste et visionnaire | Gallica

Cinq siècles de commerce entre la France et le Brésil | Gallica

L'atelier de Camille Corot | Gallica

Gustave Hervé : une autre histoire de France (1/2) | Gallica

Célébrité d’un inconnu : Louis Desnoyers (1802-1868), 1/2 | Gallica

Célébritéd’un inconnu : Louis Desnoyers (1802-1868), 2/2 | Gallica

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Qui étaient nos ancêtres ?

Diocèses, mariages et généalogies avant la Révolution

Grand Mémorial, qu'est-ce que c'est ? - Film 161

Des Basques pour ancêtres ? - Film 154

Les Bretons du Pacifique - Film 164

J'ai le nom, la date, le lieu, mais l'acte reste introuvable ! - Film 85

Les uniformes, théorie et pratique

Jusqu'où peut-on remonter son arbre généalogique ?

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Royal sirop de pommes : curieuse panacée du XVIIe siècle

5 juillet 1857 : mort de Barthélemy Thimonnier, inventeur de la machine à coudre

18 septembre 1811 : création du bataillon des sapeurs-pompiers de Paris

Facteur de la poste aux lettres du XIXe siècle

8 septembre 1780 : mort de la romancière Jeanne-Marie Leprince deBeaumont. Biographie

Guerre des tréteaux opposant Comédie-Française et forains

Le bon sens paysan balaye la Révolution dans un village de Champagne

Sous le soleil de mai 1922 : chaleur historique ou emballement médiatique ?

Expression populaire : Pataquès. Origine, signification

10 septembre 1749 : mort de la mathématicienne et physicienne Émilie du Châtelet, amante de Voltaire

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Gaby, pilote de course automobile - www.histoire-genealogie.com

Naissance d’Abeille la raison, fille du citoyen Baudelique - www.histoire-genealogie.com

Madeleine Léon – Maintenir le lien (1882-1927) - www.histoire-genealogie.com

GAÜ de CAMPAGNE: 1850 : rififi entre le Conseil municipal de Campagne-de-Marsan (Landes) et l’instituteur communal.

Le mariage et la femme dans les proverbes du Sud de la France – Persée

Le « Fil d'Ariane » et le trésor oublié des Ysarn de Villefort :

Bicentenaire de la photographie

CATHERINE LANOË Les ateliers de la parure - Champ Vallon

La Ronde des Ancêtres : Antoine Barbier un moblot drômois

Mort dans l’accident du bateau à vapeur sur le Rhône - www.histoire-genealogie.com

Les clés de Bordeaux (XVe-XVIIe siècle) – Persée

L’Abbaye disparue de Notre-Dame du Sauvoir - Archives départementales de l'Aisne

Trois actes de sépulture de galériens - www.histoire-genealogie.com

Un mémoire judiciaire de 1778 : une incroyable affaire.

Les petits ports et havres normands dans la seconde moitié du xviie siècle | Cairn.info

Photographier la zone interdite :

Exposition photo : Charles Froger ou les pérégrinations d'un curé photographe - Diocèse du Mans

NICOLAS LYON-CAEN, MATHIEU MARRAUD Le duc et les épiciers - Champ Vallon

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II. DES SITES, DES BLOGS et aussi des histoires…. (c’est désormais ici)

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III. DES PODCASTS, A ÉCOUTER

DES VIDEOS A REGARDER, SANS MODERATION….…


Par Perrine Kervran. LSD explore l’histoire des manières de danser, du bal payant du XVIIIe siècle aux fêtes libres et contemporaines, en passant par clubs et discothèques. Une traversée des pratiques festives qui révèle nos modes de vie. Réal. : A. Pérez

De l'invention du bal public privé et payant au 18e siècle à Paris, jusqu'aux fêtes récentes, semi-clandestines et libres où l'on peut se mettre nue pour danser, en passant par les clubs selects inventés par Régine après la guerre, les discothèques géantes des années 70-80 et les free-party en pleine nature des années 90. qu'est-ce que notre façon de danser et de faire la fête dit de notre époque et de nos vies ?

Foule sur le parquet de bal : épisode 1/4 du podcast Une histoire du dancefloor | France Culture

Les clubs privés de Montparnasse : épisode 2/4 du podcast Une histoire du dancefloor | France Culture

Night fever : épisode 3/4 du podcast Une histoire du dancefloor | France Culture

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GENEALOGIE D'UNE FAMILLE ORDINAIRE: KIKI de Montparnasse de CATEL & BOCQUET


Quartier populaire et ouvrier, Belleville voit s'affronter entre la fin du 19e siècle et la Belle Époque les communards et les Versaillais puis les bandes d'Apaches, pourchassées par la police. Dans l'entre-deux-guerres, le quartier voit s'installer progressivement une population juive venue de l'Est de l'Europe. Il devient le lieu de l'artisanat et des petits commerces étrangers, avant d'être meurtri par les rafles de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. À partir des années 1960, le quartier fait l'objet d'une réhabilitation urbaine, il se transforme, et accueille de nouvelles vagues d'immigration, juive tunisienne et algérienne notamment, puis chinoise. Enfin, ce quartier connaît ces dernières années un phénomène de gentrification notable. Comment vit-on, comment cohabite-t-on dans ces rues ? Entre guerres et paix, à Belleville, qui sont les belligérants ? Une traversée, en archives, de l'histoire riche de Belleville et des Bellevillois, depuis le 19e siècle jusqu'à aujourd'hui.

Le vol des canons : épisode 1/4 du podcast Belleville, la guerre et la paix | France Culture

La liste des déportés : épisode 2/4 du podcast Belleville, la guerre et la paix | France Culture

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 De la Renaissance au XVIIIe siècle, comment la nuit a-t-elle été perçue à la ville ou dans les campagnes, avant l'invention de l'éclairage public ?

Qu'était la nuit avant l'éclairage public ? : épisode 4/4 du podcast Une histoire de la nuit | France Culture

Au XVIIIe siècle, l’abbaye du Mont-Saint-Michel est peu à peu transformée en prison. On y incarcère des centaines de détenus puis, sous la monarchie de Juillet, des opposants républicains. La prison devient alors un symbole de l’oppression politique.

Devenu un lieu de détention à partir de la Révolution française, le Mont-Saint-Michel a la réputation d'être une prison particulièrement sûre. Si on y enferme d'abord des centaines de prisonniers de droit commun, sous la monarchie de Juillet, ce sont aussi des opposants républicains qui y sont incarcérés.

C'est à cette époque que naît, sous la plume de journalistes républicains, la légende noire du Mont-Saint-Michel.

Une abbaye devenue prison : épisode 1/2 du podcast La légende noire du Mont-Saint-Michel | France Culture

Barbès, Blanqui et les autres : épisode 2/2 du podcast La légende noire du Mont-Saint-Michel | France Culture


ET CE MOIS-CI je vous propose

Au fil de mes « surfages » sur le web, je prends un réel plaisir à explorer les recoins insoupçonnés d'Internet. Entre pépites insolites, articles inspirants et créations artistiques, mes balades numériques me réservent souvent de belles surprises.

Plutôt que de garder ces trouvailles pour moi, j’ai à cœur de les partager ici, avec vous. Considérez cet espace comme une invitation à flâner ensemble et à picorer au gré de mes coups de cœur du moment !

Mon histoire – La Résistance dans la Nièvre : une page de la petite histoire dans la très grande, à parcourir sans modération !

Concevoir un site web d’histoire familiale : conseils et outils – La généalogie de Jackie

Créer un site dédié à sa généalogie et à l'histoire de ses ancêtres est une magnifique façon de valoriser ses recherches, de partager ses découvertes avec ses proches et, pourquoi pas, de croiser la route d'autres cousins éloignés.

Voici un guide structuré pour vous accompagner dans ce beau projet, adapté aux exigences du web et de la transmission mémorielle. Vous y trouverez de nombreux conseils :

Les étapes clés de la conception : définir votre objectif, structurer le contenu et veiller à la confidentialité

Le choix des bons outils : les plateformes de publication, les logiciels de généalogie, les mises en page et les visuels

Des conseils pour réussir votre site !

On dit souvent « peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! »

L'« ivresse », c'est l'émotion, le bouleversement, le témoignage que procure le récit. Le « flacon » pourrait être votre style, votre technicité, votre syntaxe ou le choix raffiné des mots.

Je reste persuadée qu’un histoire poignante, vécue avec sincérité, pleine de rebondissements ou d'humanité, peut totalement captiver un lecteur et le marquer durablement, même si la « plume » est simple, directe, voire maladroite.

Ne vous censurez pas. Ecrivez…. Pour les autres, mais surtout pour vous !

Bonne lecture et belles trouvailles

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