mardi 17 mars 2026

La part de l'autre de Eric-Emmanuel SCHMITT

Que serait devenu Hitler si l’École des beaux‑arts de Vienne l’avait accepté ? Question intéressante…. L’auteur Éric‑Emmanuel SCHMITT confronte deux destins possibles : celui que nous connaissons et celui d’un Adolf devenu artiste ; il interroge la responsabilité individuelle, le rôle du hasard et la part d’humanité que chacun porte en soi.

Voici donc une histoire alternative construite à partir d’un événement qui aurait pu se dérouler autrement. C’est ce que l’on nomme « une uchronie », un « genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification du passé ». (Wikipedia) Cette exploration des conséquences devient un outil pour penser la fragilité des trajectoires humaines.

Ce roman juxtapose deux biographies parallèles, avec une structure en miroir, à partir d'un point de bascule précis, le 8 octobre 1908 :

    • Hitler, tel qu’il a existé, tel que nous le connaissons ; le jury des Beaux-Arts de Vienne prononce la phrase : « Adolf Hitler : recalé » ; c'est le début de la dérive du futur dictateur,

    • Adolf H., l’artiste qu’il aurait pu être : le jury prononce « Adolf Hitler : admis ». et on suit alors l'ascension d’un jeune artiste sensible, bohème et finalement épanoui.

Dans toute lecture, il existe plusieurs grilles de lecture qui invitent à de multiples réflexions :

1. La grille historique ou comprendre autrement le XXᵉ siècle

Le roman revisite un moment clé de l’Histoire ; il démontre comment un individu blessé - le refus d’Hitler à l’École des beaux‑arts - humilié, isolé peut devenir un dictateur ; il éclaire les mécanismes du totalitarisme, mais par un détour narratif.

Cette lecture est utile pour réfléchir aux frustrations collectives, à la fabrication des monstres politiques et bien sûr à la montée du nazisme.

Oublions un peu ce que nous avons appris à l’école : Hitler n’était pas un génie du mal, ni un démon, mais un individu banal, narcissique, frustré, persuadé d’être exceptionnel.

2. La grille psychologique ou comment se construit une personnalité

L’auteur explore les blessures narcissiques, la quête de reconnaissance, la difficulté à aimer et à être aimé, et la manière dont un individu peut se fermer ou s’ouvrir à l’autre. On peut y lire une étude de cas : deux Hitler, deux psychologies et donc deux devenirs.

L’estafette Hitler n’a que faire des femmes : « je n’ai pas de temps à perdre avec ce genre de chose et ce n’est pas demain que je m’y mettrai. » Il se sent revivre durant la guerre 14-18 : « il retrouvait l’ivresse de son enfance, ce sentiment que rien ne résisterait jamais à son énergie (…) Il n’appartenait pas au hasard. Le ciel l’avait distingué. Son étoile lui montrait un chemin. Il n’était pas comme les autres : il avait un destin. »

Car le mal n’est pas inné : il se construit par frustrations, par renoncements, par refus de l’altérité. Hitler est dans l’incapacité de se remettre en question ; il glisse inexorablement de l’isolement à la haine, de la haine à la pensée totalitaire puis à l’action politique violente ; il ne peut aimer sans dominer.

Pour Adolf H. c’est bien différent : « … je ne veux pas changer le monde. Je veux seulement réussir ma vie ». Il est curieux, empathique, fragile ; il sait évoluer, en écoutant les autres, en se laissant « toucher » ; il découvre les autres, l’amour, la sexualité, la culture.

Contrairement au Hitler réel, il peut changer.

3. La grille philosophique : le mal, la liberté, le hasard

Le roman interroge la responsabilité individuelle ; il questionne la part de hasard dans nos vies et montre que le mal n’est pas une essence, mais un processus ; c’est une réflexion sur la condition humaine.

Un parcours de vie est une succession de choix, bons ou mauvais ; Hitler a fait des choix destructeurs, nourris par son narcissisme, ses frustrations et son sentiment d’élection, mais ces choix ont été rendus possibles par un contexte social, politique et culturel qui les a laissés prospérer.

Il nous oblige à regarder Hitler non comme un monstre abstrait, mais comme un être humain — ce qui rend la question du mal encore plus dérangeante. Et parce qu’il rappelle que chaque vie contient plusieurs vies possibles, et que la frontière entre elles peut tenir à presque rien.

L’autre vie possible n’aurait pas fait de Hitler un saint, mais un homme ordinaire, avec ses failles et ses élans.

4. La grille éthique ou humaniser sans excuser

L’auteur a pris un risque en « humanisant » Hitler, non pas pour l’excuser mais pour mieux comprendre. A la fin du récit, il explique d’ailleurs très clairement sa démarche : les limites de l’empathie et la nécessité de comprendre pour prévenir. Parce que comprendre n’est pas justifier.

Hitler « avait découvert que la guerre est l’essence même de l’existence ». Il en arrive même à traquer les « couards profiteurs » qui s’auto-mutilaient pour échapper à la boucherie. Contrairement à son « double », Adolf H. ne se pense pas l’Elu : «  je ne pense pas que je suis assez important pour que Dieu se déplace (….) votre Dieu, sœur Lucie, j’ai du mal à y croire pendant cette guerre. Je ne l’imaginai pas aussi amateur de carnage

5. La grille morale et citoyenne ou qu’est‑ce qui fait basculer une société ?

Le roman invite à réfléchir sur la responsabilité des institutions, la place de l’art et de la culture, et la manière dont une société peut fabriquer ou empêcher la violence ; bref, comment éviter que l’histoire ne se répète.

6. La grille existentielle : la part de lumière et la part d’ombre

Le titre est profondément évocateur : chacun porte en soi une part de lumière - ce Jiminy Cricket intérieur (un peu de légèreté oblige pour décompenser) - mais aussi une zone d’ombre. Le roman explore justement cette tension : comment la frustration, l’orgueil blessé ou la solitude peuvent faire basculer une existence, et comment, à l’inverse, l’art, l’amitié ou l’amour auraient pu offrir à ce même individu une trajectoire radicalement différente.

*

Le roman explore ainsi la frontière fragile entre ce que nous devenons et ce que nous aurions pu devenir. D’un côté un destin réel avec un Hitler recalé aux Beaux‑Arts, sa rancœur, sa frustration et sa haine jusqu’à la dérive totalitaire qui mènera au nazisme et à la catastrophe historique. De l’autre, un destin alternatif avec Adolf H., l’artiste accepté, ouvert aux autres, capable d’aimer et d’être aimé, engagé dans une quête esthétique plutôt que politique.

Ce livre bouscule : on lit l’histoire autrement ; et si….. Il démontre que l’avenir n’est jamais écrit d’avance, que tout n’est qu’une question de rencontres, de regards, et de choix.

Eric-Emmanuel SCHMITT ne cherche pas à excuser Hitler ; il nous invite à réfléchir sans juger, à comprendre comment un être humain peut devenir une monstruosité historique, enfin comment l’histoire aurait pu basculer autrement pour un simple « oui ».

*

Contrairement à l’image simplifiée qu’on nous a longtemps transmise à l’école, les chercheurs contemporains insistent sur un fait troublant : Hitler était un individu banal, ce qui, précisément, rend son parcours si inquiétant.

Il présentait un ego démesuré, nourri par l’idée d’avoir une mission quasi mystique ; il nourrissait un sentiment d’élection, intimement persuadé d’être destiné à « sauver l’Allemagne ». Ses échecs étaient vécus comme une humiliation personnelle, attribués à des ennemis extérieurs.. Il cultivait une solitude profonde, entretenue par son incapacité à nouer des relations authentiques.

Parce qu’aujourd’hui, nous avons pris conscience que les dictateurs ne naissent pas « hors de l’humanité », que le mal peut se construire à partir de blessures ordinaires, que nos sociétés peuvent fabriquer voire amplifier ces dérives, la vigilance citoyenne est essentielle. C’est exactement ce que « La Part de l’autre » met en scène : un homme banal, pétri de haine, persuadé d’être extraordinaire, qui bascule dans la barbarie faute d’avoir trouvé une place dans le monde.

Rappelons qu’après 1945, beaucoup de sociétés européennes avaient besoin de reconstruire une image d’elles-mêmes. Dire qu’Hitler était un « monstre unique » ou bien « un fou » permettait de minimiser la participation ou la passivité de millions de gens, d’éviter de questionner les institutions, et bien sûr, d’éviter de regarder les complicités, les lâchetés, les aveuglements.

Dans les programmes scolaires, pendant longtemps, on a privilégié des récits clairs, des figures extrêmes, des oppositions simplistes (bien/mal, démocratie/dictature).

Présenter Hitler comme un être banal, blessé, narcissique, frustré… c’est plus complexe, plus dérangeant, plus difficile à enseigner à des adolescents.

Je viens de terminer ce livre, et le personnage d’Hitler ne me quitte pas : reconnaître que le mal peut se construire à partir de matériaux humains très communs est très dérangeant. Mais à y réfléchir, Hitler n’a pas seulement fait les mauvais choix, je dirai qu’il n’a pas su accueillir ce qui aurait pu le détourner du pire…..

mercredi 4 mars 2026

LE CONTEXTE, le cadre analytique (2/2)

La transcription d'un document d'archive, tel que cet acte de mariage entre Michaël KLEIN et Francisca SCHUMACHER, constitue la première étape indispensable d'un travail généalogique rigoureux ; même si la généalogie est un « loisirs », elle n’en demeure pas moins précise. Avant toute tentative de traduction ou d'interprétation, il convient de poser un cadre analytique.
Travailler sur un document de la fin du XVIIIe siècle en Alsace exige de ne jamais négliger le contexte, qui agit comme la « clé de lecture » de l'acte.

C’est fou ce qu’un petit acte peut nous apprendre de notre famille !

Le contexte géographique et linguistique

L'acte se situe à Oberhaslach (Haslach supérieur) et mentionne Niederhaslach (Haslach inférieur) ; il aurait été tout aussi différent si son origine était, par exemple, une région bretonne.

En 1771, l'Alsace est une province de « nouvel acquêt » du Royaume de France. Si l'administration royale tente d'imposer le français, l'Église catholique maintient le latin comme langue liturgique et administrative universelle. Il faut donc jongler entre trois strates : le latin du curé-rédacteur, l'allemand des noms de famille (Schumacher, Klein) et la structure juridique française de l'époque.

Le contexte institutionnel : le registre paroissial

A la date de cet acte de mariage, l'état civil laïc n'existe pas encore. Le curé, Franciscus Erasmus Vogelweid, fait office d'officier public. Son écriture cursive, bien que régulière, utilise des abréviations latines standardisées qu'il faut savoir identifier pour ne pas dénaturer le sens des parentés (ex: filius pour fils, defuncti pour défunt). Un glossaire s’avère indispensable.

Le contexte socio-économique : la lecture des métiers

L'acte ne se contente pas d'unir deux individus ; il décrit une microsociété rurale et nous en apprend un peu plus sur le milieu social dans lequel baigne nos futurs mariés. L'analyse préparatoire permet de repérer des mentions essentielles :

  • L'agriculteur (agricola) et le meunier (molitor) côtoient le cordonnier (sutor).

  • Ces précisions, souvent négligées lors d'une lecture rapide, sont pourtant les marqueurs de la hiérarchie sociale au sein du village.

La méthodologie de transcription

La transcription présentée dans l’article précédent respecte la graphie originale. L'objectif est de restituer le texte tel qu'il a été écrit, sans corriger le latin du curé ni moderniser l'orthographe des patronymes, autant que faire se peut. Cette fidélité est la seule garantie permettant, dans un second temps, une traduction fidèle qui ne trahira pas les subtilités juridiques (comme les dispenses de bans) ou les liens de parenté mentionnés.

Justement, parlons de cette dispense des bans….

Rappelons que sous l’Ancien Régime, le mariage catholique exigeait trois publications de bans faites à la messe paroissiale, trois dimanches consécutifs. Ces publications avaient pour but :

  • d’informer la communauté

  • de permettre à quiconque de signaler un empêchement (parenté, engagement préalable, respect des délais de veuvage, etc.)

  • d’assurer la transparence du mariage.

Toutefois, il était possible d’obtenir une dispense, accordée soit par l’évêque, soit par l’officialité diocésaine, parfois par le curé avec autorisation. Ici, il semble que ce soir le prêtre de la paroisse qui ait accepté.

Mais pour quels motifs le curé aurait accordé cette dispense des deux autres bans ? Regardons d’un peu plus près :

  • Une urgence liée à une grossesse déjà avancée pourrait être une explication envisageable : le couple s’est marié le 15 janvier 1771 et Françoise SCHUMACHER a mis au monde son premier enfant Florent, le 4 novembre de la même année, soit neuf mois plus tard ; à moins d’avoir perdu une précédente grossesse… L’Église préférait toutefois régulariser rapidement une union pour éviter la naissance d’un enfant « illégitime » ; une seule publication suffisait alors pour ne pas retarder le mariage mais cette option me semble un peu tirée par les cheveux….

  • Un déplacement ou une absence prolongée du futur époux : pourquoi pas ? Michel pourrait être un soldat en permission limitée, un ouvrier ou un compagnon de passage, mais je sais qu’il est cultivateur – comme son père d’ailleurs – donc cette hypothèse ne tient pas, à moins d’avoir tiré le mauvais numéro….

  • Le mariage entre personnes originaires de paroisses différentes : lorsque les fiancés venaient de lieux éloignés, voire très éloignés, publier trois fois les bans dans plusieurs paroisses pouvait être long et compliqué ; la dispense venait alors simplifier la procédure ; la famille SCHUMACHER est originaire de Niederhaslach tandis que la famille KLEIN est d’Oberhaslach ; les deux communes sont dans la continuité d’un même chemin, le long de la rivière Hasel : donc cette option n’est pas valable,

  • La maladie grave ou une situation familiale urgente est une solution envisageable : en effet, si l’un des futurs époux, ou un parent, était malade, on pouvait demander à accélérer la célébration ; il me faudra alors rechercher les dates de décès des parents des mariés, voire des frères et des sœurs….

  • Dernière possibilité et pas des moindres, l’économie de temps et d’argent : l’obtention de certificats pouvaient coûter cher et la dispense permettait d’éviter ces frais. Peut-être…..

L'indice d'alphabétisation : les signatures

Un aspect contextuel majeur de cet acte réside dans la confrontation entre la culture écrite du clergé et la culture orale de la paysannerie d'Ancien Régime. À la fin du document, les signatures – ou leurs absences - révèlent une réalité sociologique frappante.

En lieu et place d'une signature cursive, ceux qui ne savent pas écrire apposent leur « Signum » c’est-à-dire une croix. Ce geste n'est pas une simple formalité ; il témoigne du seuil d'instruction de l'époque, où l'écriture reste l'apanage des notables - le curé - et de certains corps de métiers spécifiques.

À l'inverse, les signatures du meunier Florentius Weisbeck et de l'agriculteur Antonius Geyer montrent que certains membres de la communauté villageoise maîtrisaient l'écrit. Le meunier, souvent au centre des échanges économiques d’un village souligne son statut social plus élevé.

Cette distinction entre ceux qui signent et ceux qui « marquent » permet de situer les familles KLEIN et SCHUMACHER dans leur environnement social : une famille de laboureurs et d'artisans intégrée, mais encore éloignée de la culture scripturale académique.

La conclusion

À première vue, cet acte de mariage paraît court, presque anodin, et sa lecture malaisée pourrait décourager. Pourtant, dès que l’on prend le temps de le déchiffrer, il se révèle d’une étonnante densité. Entre les lignes se glissent des informations précieuses : origines géographiques, statuts sociaux, réseaux familiaux, mobilités, usages paroissiaux, et même parfois des fragments d’histoires personnelles.

Ce document, que l’on pourrait croire modeste, devient alors une véritable porte d’entrée vers la vie quotidienne d’une époque. Le négliger serait passer à côté d’un matériau irremplaçable pour comprendre non seulement un couple, mais tout un univers. 

Maintenant, il ne me reste plus qu’à écrire l’histoire de cette famille…..

LE CONTEXTE, la clef de lecture d’un acte (1/2)

Transcrire un acte de mariage alsacien, c’est entrer dans un document qui ne se laisse jamais lire au premier regard. L’Alsace a connu des changements d’administration, de langue et de droit plus fréquents que d’autres régions. Rien n’y est anodin. Chaque mot, chaque tournure, chaque absence même, porte la trace d’un contexte politique, culturel et familial qu’il faut garder en tête pour éviter les contresens.

L’acte que vous allez découvrir n’est donc pas seulement un récit administratif d’union. C’est un texte situé, façonné par son époque, par la langue du scribe, par les usages locaux et par les contraintes du moment. Comprendre qui écrit, sous quelle autorité, dans quel cadre juridique, et pour quel public, est essentiel pour interpréter correctement les informations qu’il contient.

Cette transcription vous permettra de lire l’acte avec précision, mais c’est le contexte – celui du village, de la période, des pratiques linguistiques et des trajectoires familiales – qui lui donnera tout son sens. Lire un acte alsacien, c’est toujours lire une histoire à plusieurs couches, où la forme éclaire le fond autant que les mots eux‑mêmes.

Et il me faut bien avouer que, ce n’est pas avec quelques heures de cours de paléographie aux AD 91, que je suis en mesure de transcrire cet acte dans son intégralité. J’ai donc dû faire appel à l’IA, et ensuite revérifier chaque information : quelques petites heures de travail…. Mais quand on aime, on ne compte !


La transcription

Dans la demande de transcription, il est important de préciser qu’il s’agit d’un acte de mariage du 15 janvier 1771 entre Michel KLEIN et Françoise SCHUMACHER, dans la commune d’Oberhaslach (AD 67).

Voici la transcription :

Hodie decima quinta mensis Januarii anni millesimi septingentesimi septuagesimi primi,

Aujourd’hui le quinzième jour du mois de janvier de l'année mille sept cent soixante et onze

una proclamatione cum dispensatione de duabus in Ecclesia nostra parochiali publicè factâ ac nullo detecto impedimento

après une proclamation faite publiquement avec dispense de deux dans notre église paroissiale et sans qu'aucun empêchement ait été découvert

præviè recepto mutuo consensu à me infrà scripto Francisco Erasmo Vogelweid parocho in utroque Haslach et Urmatt

préalablement convenu par accord mutuel avec moi soussigné Francisco Erasmo Vogelweid, curé tant à Haslach qu'à Urmatt

sacro matrimonii vinculo in facie Ecclesiæ conjuncti fuerunt Michaël Klein, filius Michaëlis Klein agricolæ et defunctæ annæ Mariæ Schnell olim conjugum,

par le sacrement du mariage, ont été unis devant l'Église : Michaël Klein, fils de Michaël Klein, cultivateur, et de feu Anna Maria Schnell, autrefois conjoints,

in Haslach superiori commorans, et Francisca Schumacher, filia Josephi Schumacher defuncti sutoris et Catharinæ Bürgerin olim conjugum in Haslach inferiori commorans adfuerunt Testes pater sponsi,

résidant à Haslach supérieur, et Francisca Schumacher, fille de Joseph Schumacher défunt cordonnier et de Catharina Bürgerin autrefois conjoints résidant à Haslach inférieur, étaient présents comme témoins le père du marié

Florentius Weisbeck molitor, Antonius Geyer agricola in Haslach superiori commorantes, et Josephus Brimbock in Haslach inferiori commorans,

Florentius Weisbeck meunier, Antonius Geyer agriculteur résidant à Haslach supérieur, et Josephus Brimbock résidant à Haslach inférieur,

qui unà mecum subscripserunt exceptis sponso, sponsâ et patre sponsi, qui declararunt se nescire scribere Signa sua apposuerunt.

qui ont signé avec moi, à l'exception du fiancé, de la fiancée et du père du fiancé, qui ont déclaré qu'ils ne savent pas écrire, ont apposé leurs signes.

Dans cet acte j’apprends donc l’union le 15 janvier 1771 de

  • Michaël KLEIN, fils de Michaël KLEIN (agriculteur) et de la défunte Anna Maria SCHNELL. Résidants à Oberhaslach (Haslach superiori)

  • Francisca SCHUMACHER, fille de feu Joseph SCHUMACHER (cordonnier / sutor) et de Catharina BURGERIN. Résidants à Niederhaslach (Haslach inferiori)

  • François Erasme VOGELWEID est le curé des deux communes Haslach et d'Urmatt

  • Une seule proclamation de ban a été faite, avec une dispense pour les deux autres

  • Florentius Weisbeck (meunier), Antonius Geyer (agriculteur) et Joseph Brimbock ont signé en tant que témoins
  • Le père de l'époux, le couple de mariés ont déclaré ne pas savoir écrire et ont apposé leur marque (les petites croix au bas du document), tandis que les autres témoins ont signé avec le curé.

*

La question que je me pose alors est : « mais pourquoi cet acte est en latin alors que François 1er a imposé le français » ; en effet, l'Ordonnance de Villers-Cotterêts, signée en 1539, imposait l'usage du « français » dans les actes administratifs et de justice pour qu'ils soient compréhensibles par tous. Toutefois, le document que j’ai sous les yeux (daté de 1771) y échappe pour deux raisons majeures :

  • La nature de l'acte

L'ordonnance de 1539 visait avant tout les tribunaux et l'administration royale ; or, avant la Révolution française, l'état civil n'existait pas tel que nous le connaissons aujourd'hui. De plus, ce document n'est pas un « acte de mariage » civil, mais un registre paroissial tenu par un curé. Nous savons tous que l'Église catholique considérait le latin comme sa langue universelle et sacrée. Les curés, formés en latin, ont donc continué à l'utiliser pour les baptêmes, mariages et sépultures bien après 1539, car ils dépendaient de l'autorité ecclésiastique et non directement de la justice royale pour la tenue de ces registres.

  • Le contexte particulier de l'Alsace

L'Alsace (où se trouvent Oberhaslach et Niederhaslach) a un statut très spécial à cette époque ; rappelons-nous qu’elle n'est devenue française qu'en 1648 (Traités de Westphalie), soit plus d'un siècle après l'ordonnance de François Ier. Aussi, pour faciliter l'intégration de la province, Louis XIV et ses successeurs ont souvent laissé les Alsaciens conserver leurs coutumes, leurs structures religieuses et leurs langues.

En Alsace au XVIIIe siècle, on parle l'alsacien, on écrit officiellement en latin dans les églises catholiques, ou en allemand dans les paroisses protestantes et certaines administrations locales. Le français ne s'imposera réellement dans les registres paroissiaux d'Alsace qu'au moment de la Révolution, avec la création de l'état civil laïc en 1792.

Dans l’acte cité précédemment, notre curé, Franciscus Erasmus Vogelweid, suivait la tradition de l'Église catholique romaine de l'époque, qui prévalait sur les lois linguistiques françaises dans cette province de « nouvel acquêt » qu'était l'Alsace.

Dans le prochain article, j'aborderai le cadre analytique.

lundi 2 mars 2026

Les blogs perso de généalogie : pourquoi ne fonctionnent t-ils pas ? (2/2)

L’émotion est un moteur, mais la transmission est ce qui fidélise

Puisque « charité bien ordonnée commence par soi-même », j’ai demandé à l’IA (Copilot) de m’expliquer ce qui « cloche » dans ce blog. Je lui ai précisé que je voulais de la franchise et de la clarté.

Les rubriques « Actualités, biographies, métiers, histoire sociale, challenge AZ… » donnent de la profondeur et montrent que je ne me limite pas à « raconter ma famille ». Toutefois, elles sont trop nombreuses et peu hiérarchisées. Vlan ! Première claque….

La colonne de droite est bien trop longue et avec beaucoup de catégories : ça j’avais compris !

Côté texte, ce n’est guère mieux : même s’il dénonce sa richesse (merci ! Un compliment enfin ! ), les paragraphes sont trop longs, les intertitres sont peu fréquents et les images sont rares ou petites. Vlan ! Seconde claque…. Mes articles manquent d’espaces, de citations, d’encadrés… et j’en passe ! Ah, j’oubliais : la typographie est peu lisible.

L’IA ajoute très poliment que l’ensemble « donne une impression de densité et de lourdeur. Un lecteur qui arrive pour la première fois peut se sentir submergé ou croire que le blog n’est plus actif » bien que mes articles soient toujours datés

Tout changer ?

La troisième claque ne tarde pas à arriver, il me faut

  • Changer de thème Blogger et tout moderniser : choisir un thème plus épuré, avec une typographie plus grande et d’avantage d’espace blanc,

  • Repenser la page d’accueil : afficher seulement les extraits des articles (100–150 mots) car le thème actuel ne peut le faire, et par conséquent mettre un bouton « Lire la suite »,

  • Aérer mes articles en coupant les paragraphes, en ajoutant des intertitres, en intégrant des images plus grandes…..

  • Réduire et clarifier les rubriques, sans notamment, distinguer les branches familiales (ben voyons!)

  • et bien sûr « Créer une vraie identité visuelle » en précisant « Rien de compliqué » : il suffit d’utiliser une palette douce (ocre, bleu nuit, vert sauge), une police lisible (sans-serif moderne), un logo minimaliste (par exemple : une clé, une branche, une initiale)…..

Bref, Copilot m’a épuisée avant d’avoir commencé…. Je décide donc de faire une demande identique à Gemini ; sa réponse est plus modérée : « comme beaucoup de blogs utilisant l'interface classique de Blogger, il souffre de quelques défauts techniques et ergonomiques qui peuvent freiner la lecture ou le référencement ».

Une vision plus nuancée

A la différence de Copilot qui m’a assassinée – mais ne lui avais-je pas demandé ? – Gemini est plus nuancé et plus technique :

  • Le menu de navigation est souvent limité ou inexistant ; le lecteur doit donc faire défiler de nombreux articles pour trouver une information précise

  • « Les modèles par défaut de Blogger sont souvent étroits, avec des polices de caractères parfois trop petites ou des couleurs de fond qui fatiguent l'œil (le texte noir sur fond blanc pur ou gris clair peut manquer de contraste) »

  • « Les blogs Blogger sont parfois perçus comme des "journaux intimes" isolés. Si l'on ne tombe pas dessus par hasard, il est difficile de suivre l'actualité du site » ; Gemini me propose alors d’ajouter des boutons de partage (Facebook, Twitter, Pinterest) ou d’installer une newsletter

  • « Les titres des articles sur Blogger sont parfois simplement des dates ou des noms isolés. Google a du mal à comprendre le contenu précis » ; il me faudra être plus attentive aux titres accrocheurs de mes articles pour un référencement SEO plus actif

Par conséquent…..

Je n’ai pas d’autres choix que de prendre toutes ces remarques en considération. Toutes ? Peut-être pas….. Je note « la bienveillance » de Gemini qui blâme Blogger d’avoir vieilli et d’être peu adapté, mais n’oublions pas qu’il est en partie gratuit !

Et de conclure avec indulgence : « un simple travail de structuration des menus et une police de caractère plus moderne transformeraient radicalement l'expérience de vos lecteurs. (….) Il faut dire que dans le monde de la généalogie, on traite souvent de la mémoire de personnes réelles et de recherches qui demandent des centaines d'heures de travail. Arriver avec un carton rouge et une liste de reproches froids, ce n'est pas vraiment l'esprit du partage !

Mon approche, c'est plutôt de voir votre blog comme une archive vivante : le fond est précieux, il s'agit juste de lui donner le "coup de vernis" nécessaire pour qu'il soit aussi agréable à lire qu'un beau livre de famille. »

Quoi de plus simple !

Je fourmille d'idées pour dynamiser mon blog tout en préservant son âme !

Dans l'immédiat, je vais privilégier une lecture plus fluide et agréable en utilisant des sous-titres clairs, des listes à puces et des paragraphes plus courts. Pour un meilleur confort visuel, je vais même opter pour une police plus généreuse et mettre en valeur mes archives avec des visuels plus grands.

Côté structure, j'ai déjà commencé à épurer la colonne de droite pour plus de clarté. Je conserve précieusement mon thème actuel, car j'y tiens et il constitue l'armature fidèle de mes recherches, mais ces ajustements de mise en forme vont lui offrir une seconde jeunesse !

Si je soigne aujourd'hui la forme pour vous offrir un meilleur confort de lecture, mon moteur reste inchangé : le pur plaisir de l'écriture. Poser des mots sur le destin de mes ancêtres est un bonheur que je privilégie avant tout, car c'est là que bat le cœur de mes recherches.

Les blogs perso de généalogie : pourquoi ne fonctionnent t-ils pas ? (1/2)

Beaucoup de passionnés ouvrent un blog

puis il s’essouffle, ou il n’attire presque personne. Pourtant, l’envie est là, les histoires familiales sont riches, et les outils n’ont jamais été aussi accessibles. Alors pourquoi ça ne « prend » pas ?

Tout d’abord, la généalogie est un domaine très intime : de nombreux blogueurs racontent leur histoire familiale ; or, le lecteur cherche surtout ce qui peut l’aider lui : méthodes, astuces, ressources, décryptages. Résultat : les billets trop personnels touchent peu de monde, sauf si l’écriture est exceptionnelle ou si l’histoire a une portée universelle.

Pour ma part, je recherche les blogs perso relatifs aux régions de mes ancêtres : non pas pour y retrouver des branches communes, mais pour m’imprégner d’un environnement, d’un village ou d’une histoire, qui potentiellement, pourrait me concerner.

Réaliser un blog est à la portée de tous

Si aujourd’hui, réaliser un blog est à la portée de tous, le rythme de publication est difficile à tenir ; on peut rester des semaines sans découverte, puis tout débloquer en une seule soirée ; un blog demande régularité, même minimale, ce qui ne correspond pas au rythme naturel de la recherche. La généalogie demande rigueur, mais surtout patience et pugnacité.

Alors, beaucoup abandonnent parce qu’ils pensent qu’un blog doit être « alimenté » comme un réseau social, alors qu’un article par mois peut suffire s’il est solide.

La peur de ne pas être « légitime » peut également être un frein énorme. Certains se disent : « Je ne suis pas assez bon en paléographie » ou « Je n’ai pas de grandes découvertes » ou encore « Je ne suis pas assez intéressant » ou pire « Ma famille est trop ordinaire »…..

Je pense, bien au contraire, que les blogs qui fonctionnent le mieux sont justement ceux qui montrent des erreurs, des tâtonnements, des méthodes imparfaites mais sincères, et surtout des explications claires pour débutants. La pédagogie, la reformulation, la douceur… ça attire toujours !

Toutefois, le manque de lisibilité ou de structure reste un véritable problème de fond ; certains blogs sont difficiles à naviguer : pas de catégories, pas de fil conducteur, pas de titres clairs, trop de texte sans respiration ( le mien par exemple, on m’a souvent reprochée d’écrire des textes trop longs !) et cerise sur le gâteau, pas de date.

Il est vrai qu’aujourd’hui, la préférence reste un groupe Facebook, un fil Instagram, ou bien encore une vidéo YouTube ; c’est plus immédiat, plus interactif, moins exigeant qu’un article structuré. Mais moi, j’aime écrire….

On ne va pas se mentir, un blog qui annonce « Je raconte ma généalogie » est moins attrayant que celui qui dit : « Je décrypte les écritures du XVIIIᵉ pour les débutants » ou « Je raconte la vie quotidienne de mes ancêtres en Bourgogne » ou encore mieux « Je montre comment utiliser les outils numériques sans langue de bois » : ce n’est pas la quantité de lecteurs qui compte, mais la clarté de la promesse.

De l’esthétique et la datation

N’y voyez aucune atteinte personnelle, mais je souhaite aborder un thème souvent ignoré, peut-être un « peu » tabou : l’esthétique et la datation.

L’esthétique et la datation sont deux raisons majeures pour lesquelles je n’accroche pas et cela, même si le contenu est bon. Ce n’est pas une question de superficialité : c’est une question de lisibilité, de confiance, et de plaisir de lecture.

Lorsqu’un lecteur arrive sur un article sans date, il ne sait pas si l’information est encore valable ; en généalogie, où les outils, les archives en ligne, les pratiques évoluent vite, l’absence de date donne une impression d’obsolescence. Même un excellent article perd de sa crédibilité s’il semble « flottant ».

De même une esthétique négligée – ou surchargée - décourage la lecture : des couleurs ternes ou mal assorties, des polices trop nombreuses ou difficiles à lire, des pages trop chargées, des menus labyrinthiques….. je passe mon chemin. J’ai l’impression d’entrer dans un grenier poussiéreux plutôt que dans un espace vivant et accueillant. La généalogie est déjà un domaine qui peut intimider. Si l’esthétique ajoute une couche de difficulté supplémentaire, on perd les débutants — ceux qui auraient le plus besoin d’être guidés.

Un blog très centré sur une généalogie familiale peut fonctionner… à condition d’être magnifiquement écrit ou visuellement séduisant. Mais si le sujet est très personnel, l’esthétique pauvre, et de surcroît la navigation confuse, alors le lecteur n’a aucune raison de rester.

Le manque de cohérence graphique nuit à la crédibilité : une palette de 2–3 couleurs, une police simple et surtout lisible sur tout support, un logo minimaliste, un menu clair : cela suffit à créer une identité.

Mais qui suis-je pour oser faire ce genre de remarque…...

samedi 28 février 2026

L'IA : une experte mais jamais une autorité

Certains débutants en généalogie veulent absolument utiliser l’IA avant de comprendre les bases de la généalogie numérique : mais pourquoi ? J’ai essayé de comprendre cette irrésistible attirance…..

L’IA est souvent présentée comme un outil capable de tout faire. Beaucoup de débutants arrivent avec l’idée que la généalogie est un puzzle dont l’IA pourrait donner les pièces manquantes. Ils pensent : « Si l’IA sait tout, elle va me dire d’où vient mon ancêtre ». C’est rassurant, rapide, et cela évite la confrontation avec la complexité réelle des archives. C’est un peu comme les personnes qui utilisent GENEANET pour faire des recherches et ne parcourent jamais les archives en ligne…. IL est vrai que consulter les registres peut devenir fastidieux, mais que voulez-vous, « c’est le jeu ma pov’ Lucette ! »

La paléographie, les registres, les méthodes de vérification… tout cela peut sembler intimidant. L’IA apparaît alors comme un raccourci - LA SOLUTION - pour éviter de se sentir perdu. C’est une manière de se protéger de l’impression d’incompétence.

On vit dans un monde où l’on obtient tout en quelques secondes. La généalogie, elle, demande lenteur, patience, recoupements, doutes. L’IA semble offrir un mode d’accès plus familier : rapide, conversationnel, fluide. Mais que neni !

Certains débutants pensent sincèrement qu’utiliser l’IA est une compétence attendue. Ils veulent être modernes, efficaces, « à la page » ; mais ils confondent outil et méthode. Beaucoup ignorent que la généalogie repose sur des sources, pas sur des suppositions. Sans cette base, ils ne voient pas pourquoi l’IA ne pourrait pas « retrouver » un ancêtre comme on retrouve une recette ou une définition…..

Évidemment, l’IA s’exprime bien, elle explique clairement, elle rassure, mais il lui arrive aussi d’affirmer des vérités qui n’en sont pas. Pour un débutant, cela peut suffire à lui attribuer une autorité qu’elle n’a pas. C’est un « effet de halo » : si elle semble intelligente, alors elle doit savoir….

Mais en réalité, l’IA n’est pas un généalogiste. Elle est un outil d’accompagnement, comme un dictionnaire, un logiciel ou un manuel. Elle peut aider à comprendre, à structurer, à formuler, à éclairer même. Mais elle ne remplace ni la méthode, ni la logique, ni la recherche.

N’hésitez pas à la confronter et à lui demander ses sources : vous verrez que certaines fois, elle n’est pas en mesure d’en fournir !

Si l’IA ne peut pas « deviner » une filiation, retrouver un acte qui n’existe pas, ni confirmer une hypothèse sans sources, elle peut toutefois proposer des pistes de réflexion susceptibles de vous aider dans vos recherches. Si on lui demande ce qu’elle ne peut pas savoir, par exemple l’identité d’un ancêtre sans document, la vérité d’une rumeur familiale ou la localisation d’un acte non numérisé, elle risque de produire des réponses approximatives ou inventées. Non pas par malveillance, mais parce que ce n’est pas son rôle.

Le généalogiste, lui, reste le chercheur, le vérificateur, l’interprète. C’est à lui de consulter les archives, de croiser les sources, d’évaluer la cohérence d’une information. L’IA peut aider à reformuler, à clarifier, à proposer des hypothèses méthodologiques, à expliquer un terme ancien ou à guider une démarche. Elle peut accompagner, mais jamais remplacer.

N’allez surtout pas croire que je sois contre toute forme de technologie, bien au contraire : l’IA est un formidable compagnon de travail que j’utilise très souvent. Elle me permet d’accélérer l’analyse, de clarifier les problèmes, voire de vérifier des pistes de recherche. Et il faut bien avouer qu’elle est un excellent correcteur de mes récits.