jeudi 29 octobre 2026

De la case prison aux tranchées de la Marne : le destin cabossé de Paul Sorlin (3/3)

De la chaleur des corons à l’horreur des tranchées

C'est à Montigny-en-Gohelle puis à Billy-Montigny (rue de la Gare, Coron de la Place), que la route de Paul croise celle d'Augustine DEROUILLON. sœur cadette de mon SOSA 13 et la mère de mon grand-père maternel, Kléber. Une femme marquée dès son plus jeune âge par la rude réalité de la précarité.

En 1910, Paul partage sa vie avec Augustine ancrant un peu plus son existence dans les tourments et la précarité des faubourgs du bassin minier.

Le 8 avril 1910, Augustine donne naissance à une fille prénommée Léonie Jeanne, déclarée par Paul à son domicile ; malheureusement, le nourrisson s'éteint quelques mois plus tard, en juillet 1910.

D’une précédente union d’un père inconnu, Augustine a mis au monde un petit garçon Victor Louis ; intriguée par l’absence de l’enfant au sein du nouveau foyer SORLIN-DEROUILLON, j’ai retrouvé la trace du petit Louis confié à la garde des grands-parents Derouillon.

Le 9 août 1911, Augustine accouche d'une autre fillette, Léonie. Bien que Paul n'apparaisse pas sur l'acte de naissance, la vie commune des deux parents au moment de la conception et de la venue au monde laisse très fortement penser qu'il en est le père ; le choix du prénom — hommage manifeste à la propre mère de Paul — laisse très peu de doute sur sa paternité. 

Mais Paul est toujours marié…. Alors pourquoi ne divorce t-il pas s’il a fait le choix d’une nouvelle vie ?

Le divorce est rétabli en France depuis la loi Naquet en 1884. mais la procédure judiciaire est longue, complexe et surtout très coûteuse. Il faut mandater un avoué, un avocat, payer des frais de justice d’autant plus inaccessibles pour une personne vivant dans la précarité, sortant régulièrement de prison ou enchaînant les petits boulots de mineurs.

Le mariage légal important peu au quotidien, vivre en concubinage - comme Paul l'a fait avec Augustine - était une pratique extrêmement courante, et engager une démarche de divorce n'avait tout simplement aucun sens pratique ou culturel pour eux.

Si Paul est parti dans le Nord (le bassin minier), Émilie est restée dans l'Aisne, où elle a d’ailleurs continué de se livrer à la prostitution ; elle décédera en 1921 en étant toujours désignée comme son épouse. L'absence de vie commune rendait l'urgence du divorce moins pressente, la séparation de fait « remplaçant » en pratique la procédure officielle.

C’était sans compter sur la guerre….

Au regard du Code civil de 1804, Paul étant marié légalement avec Émilie Hervet, tout enfant qu'il aurait eu avec une autre femme (ici Augustine) était considéré comme un enfant adultérin. À l'époque, la loi interdisait strictement la reconnaissance administrative des enfants adultérins afin de protéger la famille légitime. Un homme marié ne pouvait donc pas reconnaître un enfant né hors mariage si cela laissait apparaître son adultère sur les registres d'état civil.

La relation entre Paul et Augustine était loin d'être un fleuve tranquille

En février 1911, quelques mois seulement avant la naissance de Léonie (en août 1911), une violente dispute éclate rue de la Gare à Billy-Montigny où Paul roue Augustine de coups avant de quitter le logement. Cette instabilité et ces ruptures fréquentes au moment même des grossesses ou des naissances n'incitaient pas à accomplir des démarches administratives volontaires d'état civil auprès de la mairie….

En dépit de ces violences conjugales, le couple reste lié. Lors du recensement de 1911, Paul et Augustine résident toujours ensemble rue de Rouvroy à Billy-Montigny, où elle est officiellement enregistrée comme sa concubine.

Dans le bassin minier et les milieux populaires du début du XXᵉ siècle, la non-reconnaissance officielle n'empêchait pas la paternité « de fait ». Pour l'entourage et le coron, Paul assumait le rôle de père au quotidien lorsqu'il vivait sous le même toit (comme pour la première petite Léonie Jeanne en 1910 où il avait fait la déclaration de naissance à son domicile, ou pour le prénom Léonie donné en hommage à sa propre mère). L'acte écrit à la mairie avait finalement peu d'importance dans leur vie de tous les jours.

Pour l'observateur d'aujourd'hui, cette proximité temporelle entre les coups et la naissance interpelle, voire déconcerte. Elle révèle toute l'ambivalence qui caractérise les trajectoires d'un couple pris dans les mailles du quotidien. Les violences conjugales au début du XXᵉ siècle ne s'inscrivaient pas nécessairement dans une rupture nette et immédiate. Elles alternaient fréquemment avec des phases d'apaisement, de réconciliation ou de résignation.

D'un côté, il y a la précarité matérielle et l'isolement d'Augustine : dans ce milieu ouvrier du bassin minier, quitter un foyer, même violent, relevait souvent du défi insurmontable pour une femme dépourvue d'autonomie financière. De l'autre, il y a l'attachement, la dépendance affective et la certitude partagée qu'il faut « faire face ensemble » malgré les fêlures. Paul, pris entre son impulsivité et ses propres démons, n'était pas qu'un homme brutal ; il demeurait aussi le compagnon du quotidien, le père en devenir.

La naissance de cet enfant témoigne ainsi de cette réalité humaine complexe : les violences n'effacent pas d'un coup de baguette magique la vie intime, et le foyer reste le théâtre où se côtoient, dans une tension permanente, la brutalité des crises et la persistance du lien marital.

Le 19 octobre 1912, Paul est condamné par le tribunal correctionnel de Béthune à un mois de prison pour coups et blessures volontaires. Le 23 novembre de la même année, le même tribunal le condamne cette fois-ci à huit jours de prison. Rien ne nous laisse envisager que Paul ait encore commis des actes de violences à l’encore d’Augustine ; il pourrait tout aussi bien s’agir d’une bagarre de cabaret entre hommes, d’une dispute de voisinage, d’une rixe sur un lieu de travail ou bien encore de violences conjugales.

L'ancrage parisien et la tourmente de 1914

Quoiqu’il en soit, Augustine attend un nouvel heureux évènement : Alphonsine Rosalie nait le 29 avril 1913, à Paris. L’enfant voit le jour au cœur du 14e arrondissement, à la Villa Moderne, une petite impasse pittoresque débouchant au 15 de la rue des Plantes, au coeur du quartier populaire du Petit-Montrouge.

Au mois de septembre 1913, Paul résidait à Billy-Montigny tandis qu’Augustine avait trouvé refuge au 4 rue de la Verrerie à Paris. Paul rejoindra toute la famille au début de l’année 1914.

Cette période illustre à nouveau la marginalité violente dans laquelle évoluait Paul, tiraillé entre ses tentatives d'insertion dans les fosses minières et l'emprise de relations destructrices, peu de temps avant qu'un nouveau tournant ne le mène vers Paris et les tranchées de la Première Guerre mondiale.

Ce fragile répit parisien est balayé par l'histoire en l'été 1914. Par le décret du 1er août ordonnant la Mobilisation Générale, Paul est rappelé à l'activité. Arrivé au corps le 14 août 1914, il est jeté dans les combats de la Grande Retraite avec le 10ème RI.

Pourtant, le sentiment général est au devoir accompli et à une ferveur presque naïve ; les hommes sont partis la fleur au fusil, convaincus par la propagande et la conviction partagée d'une campagne rapide, propre et victorieuse, réglée en quelques semaines avant les moissons d’automne. Les wagons résonnent de la Marseillaise, les quais de gare croulent sous les embrassades et les bouquets offerts par la foule enthousiaste. Ils seront de retour pour Noël….

Mais cette certitude triomphale va violemment se briser dès les premiers affrontements de la bataille des Frontières. Face aux feux croisés de la mitraille adverse et à la puissance dévastatrice de l'artillerie lourde allemande, la réalité de la guerre moderne fond sur les troupes avec une brutalité inouïe. Les uniformes garance, trop voyants dans les plaines ouvertes, deviennent des cibles faciles. En quelques jours à peine, sous un déluge d'acier, la vague française est balayée et fauchée. L'illusion d'une guerre héroïque et rapide s'effondre dans le sang…..

Lors de la terrible bataille de Bellenglise, l'affrontement meurtrier décime les réservistes territoriaux face à la supériorité de l'artillerie allemande ; Paul est porté disparu le 28 août 1914. Sa campagne contre l'Allemagne s'arrête net après seulement deux semaines d'engagement. Un destin brisé au carrefour de ses errances.

Le mois d'août 1914 demeure le plus meurtrier de toute l'histoire de l'armée française, avec notamment la journée noire du 22 août 1914, où plus de 27 000 soldats français perdirent la vie en vingt-quatre heures (notamment en Belgique et dans les Ardennes).

Paul est tombé au milieu du chaos de la bataille — fauché par la mitraille ou pulvérisé par l'artillerie — sans que ses camarades ou les brancardiers n'aient pu relever sa dépouille ni l'inhumer sous une tombe nominative.

Pour les proches restés à l'arrière, comme Augustine, cette mention a ouvert une longue période d'angoisse et d'attente. Pendant des mois, voire des années, l'espoir subsistait qu'il ait été fait prisonnier en Allemagne sans avoir pu donner de nouvelles.

Ce n'est qu'après la fin de la guerre - ici jugement du 31 janvier 1921- que les tribunaux civils ont rendu des jugements déclaratifs de décès pour fixer officiellement la date de la mort à la date de la disparition, permettant ainsi de régler les successions et les pensions d'orphelins ou de veuves de guerre.

Veuves de guerre ? Emilie HERVET est décédée en octobre 1921 et ne semble n’avoir jamais eu d’enfant avec Paul. Quant à Augustine, bien qu’ayant vécu plusieurs années à Paul, elle ne peut légitimement percevoir une pension pour les enfants du couple, puisqu’aucun n’a été reconnu.

À Billy-Montigny, la violence de Paul était intime, bruyante, impulsive. C’était celle des éclats de colère dans le huis clos d’un garni de la rue de la Gare, des portes qu’on claque, des corps meurtris sur le plancher et des procès-verbaux dressés à la hâte par la gendarmerie locale. Une brutalité à hauteur d'homme, née de la misère, de l'exaspération et des fêlures d'une vie tumultueuse.

Deux ans plus tard, la guerre est venue substituer à cette violence individuelle une tout autre mécanique : une violence industrielle, aveugle et anonyme. Sous le pilonnage des obus et le crépitement mécanique des mitrailleuses, il n'y avait plus d'accès de fureur ni de querelles de couple ; seulement le feu, l'acier et le chaos d'un champ de bataille qui fauchait les hommes sans distinction. Une innommable boucherie….

Cette tempête industrielle a fini par l'absorber tout entier. De l'homme impulsif, de l'ancien soldat des BILA et du compagnon violent, la guerre n'a laissé aucune sépulture, aucun lieu de mémoire où se recueillir. Il ne reste de lui qu'une mention laconique inscrite à l'encre violette au bas d'un registre matricule — « Disparu au combat » — et, à l'arrière, une jeune femme seule, Augustine, contrainte de se relever pour élever leur enfant dans l'ombre d'un fantôme. Un seul enfant sur les trois….

Un geste de survie et d'arbitrage économique sous la contrainte

Certainement après des nuits d’angoisse et de culpabilité, Augustine a fait son choix : Victor a été confié à ses parents depuis longtemps, Alphonsine a été envoyée en nourrice…. Je la retrouve à Chissey en Morvan ! Curieusement, je connais bien cette commune puisqu’elle est le berceau de ma famille côté grand-mère paternelle. Et c’est avec stupeur que je l’ai vu inscrite « enfant de l’Assistance ». Sa mère Augustine n’a gardé auprès d’elle que l’enfant du bonheur, celui des jours heureux, Léonie.

La tentation est grande de juger Augustine avec nos yeux d’aujourd’hui. Replongez-vous dans le contexte…..

Son geste, loin d'être un acte d'abandon au sens moral ou d'un désamour maternel, s'inscrit au cœur des mécanismes complexes de survie sociale et psychologique des femmes populaires durant la Grande Guerre ; il faut croiser réalité historique, sociologie de la pauvreté et psychologie du traumatisme pour mieux expliquer.

Le coût de la vie s'envolait à Paris. Pour travailler, une mère ne pouvait pas garder de très jeunes enfants au domicile sans mode de garde payant. En répartissant les charges - Victor auprès des grands-parents, Alphonsine placée via le réseau nourricier du Morvan - Augustine assure la subsistance physique de sa progéniture. Le placement à l'Assistance publique ou en nourrice n'était pas nécessairement vécu comme une rupture définitive, mais souvent comme une mesure temporaire d'urgence pour sauver l'enfant de la misère urbaine et de la malnutrition.

Alors pourquoi garder Léonie et confier les autres ? Léonie incarne l'apaisement d'une période parisienne, la promesse d'une vie de famille reconstruite à la Villa Moderne juste avant que la guerre ne vienne tout balayer. Elle représente l'espoir et le souvenir de la présence de Paul avant l'enfer des combats, avant l’arrivée d’Alphonsine.

Et si Paul avait survécu à l’enfer

Je ne peux m’empêcher de penser que Paul envisageait peut-être le divorce.

De nombreux Poilus, confrontés à la faim, au froid et à la mort imminente dans les tranchées, ont éprouvé un besoin viscéral de « remettre leur vie en ordre » en cas de retour. Le mariage, souvent négligé avant-guerre par manque de moyens ou par insouciance, devenait l'acte symbolique pour sceller le foyer, protéger la compagne et donner un nom légal aux enfants.

L'histoire d'Augustine et de Paul portait en elle cette promesse suspendue. Paul n'était pas libre : un premier mariage le liait toujours à Émilie. À Paris, leur bonheur quotidien s'écrivait dans l'ombre de cet engagement passé qu'il fallait défaire. Il devait divorcer, rompre juridiquement les amarres avec Émilie pour pouvoir enfin offrir à Augustine le titre d'épouse et à ses enfants la légitimité d'un nom sans tache.

La guerre a pris de vitesse leurs projets de reconstruction. En engloutissant Paul dans la tourmente de 1914, les obus n'ont pas seulement tranché une vie d'homme : ils ont verrouillé le passé. Émilie est restée la veuve officielle devant la loi, tandis qu'Augustine, privée de ce mariage de réparation qui aurait tout changé, s'est retrouvée seule dans la précarité des compagnes de l'ombre, avec pour toute richesse la mémoire des jours heureux et la charge d'élever les enfants.

De l’ombre à l’émancipation

En se faisant l'écho de la vie d'Augustine, on mesure avec une acuité particulière l'immense chemin parcouru par les femmes en un siècle.

Au début du XXᵉ siècle, une femme confrontée à la brutalité du quotidien se trouvait enserrée dans un cadre juridique et social impitoyable. Soumise à l'autorité maritale par le Code civil, privée du droit de vote, dépourvue de statut légal en tant que concubine et financièrement vulnérable, elle devait affronter seule les fêlures du foyer. À cette époque où le silence régnait souvent sur les affaires domestiques, les coups subis demeuraient confinés au huis clos des garnis, traités au mieux comme de simples faits divers, des femmes qui « avaient bien cherché ». Augustine devait se battre au quotidien pour survivre, faire reconnaître ses enfants et assurer leur subsistance, contrainte à des arbitrages déchirants par une société qui n'offrait aucun soutien aux mères isolées.

Aujourd'hui, le statut de la femme s'est métamorphosé. La liberté de choisir sa trajectoire, d'accéder à l'autonomie financière, l'égalité des droits au sein du couple et la protection de toutes les formes de familles ont reconfiguré le paysage social. Surtout, la levée du tabou et la reconnaissance juridique et sociétale des violences intrafamiliales constituent une avancée fondamentale : ce qui était autrefois tu ou minimisé est désormais nommé, poursuivi et pris en charge par la loi, affirmant le droit inviolable de chaque femme à la sécurité et à la dignité au sein de son propre foyer.

Mesurer l'existence d'Augustine à l'aune de nos droits contemporains, ce n'est pas seulement porter un regard ému sur le passé : c'est reconnaître la dette de mémoire que nous avons envers ces femmes de l'ombre. Par leur résilience silencieuse face aux crises, aux guerres et à l'injustice des lois de leur temps, elles ont forgé, pas à pas, le terrain sur lequel s'est bâtie l'émancipation des générations futures.

*

En plongeant dans les archives de Paul SORLIN, j'ai voulu comprendre l'homme derrière le dossier judiciaire, et offrir à sa mémoire la seule chose que l'Histoire et la justice de son temps ne lui avaient pas accordée : un regard objectif, éclairé et profondément humain.

Mais je dois reconnaître que le parcours d’Augustine DEROUILLON m’a tout particulièrement émue... Elle incarne ces figures féminines « ordinaires » trop souvent restées dans l’ombre de nos arbres généalogiques.

On se plaît souvent à rêver que nos aïeux s'aimaient d'amour et d'eau fraîche, sans envisager les contraintes bien plus prosaïques de la vie. 


Pour en savoir plus :

Saint-Quentin 14-18, une guerre en mémoire - Saint-Quentin - Site internet

Saint-Quentin — Wikipédia

(14)L'histoire de Saint-Quentin - YouTube

Saint-Quentin de 1914 à 1918

La rue de la Raffinerie au Faubourg d’Isle

https://www.billy-montigny.fr/

Historique des Régiments d'Infanterie durant 14/18 du N°1 à 50

Dictionnaire topographique, historique et étymologique des rues de Paris

Réviser l'histoire de la Première Guerre mondiale en podcasts | FranceCulture

Cimetière communal – Bellenglise

De la case prison aux tranchées de la Marne : le destin cabossé de Paul Sorlin (2/3)

L'analogie populaire : « Le Bagne militaire »

À la fin du XIXᵉ siècle, la majorité pénale était fixée à 21 ans. Les jeunes délinquants effectuaient leurs peines en maison d'arrêt, en colonie pénitentiaire pour mineurs (comme Mettray), puis étaient canalisés vers l'armée (les BILA) dès leurs 18-19 ans pour être réhabilités par la discipline militaire.

Une chance pour Paul de ne pas avoir été envoyé dans un « vrai » bagne ! Ses condamnations à 15-16 ans relevaient de tribunaux correctionnels pour des délits et non des crimes et ne l’oublions pas, Paul était encore mineur !

Alors, oui, Paul n'a pas été envoyé au bagne colonial, mais il faut noter que dans le langage populaire et la presse de l'époque, les BILA étaient très souvent surnommés « le bagne militaire » ou « le bagne des Joyeux ».

Les conditions de vie dans le désert, la discipline de fer, les travaux éprouvants et le climat donnaient aux soldats l'impression de purger une peine de bagne, ce qui explique pourquoi cette confusion existe très souvent dans les mémoires familiales !

Le terme « Joyeux » est à l'origine une ironie mordante désignant ces hommes envoyés dans le désert sous une discipline implacable - qui ne tolérait aucun écart - même si elle a fini par être adopté par les soldats eux-mêmes.

En temps de paix, les BILA servaient de main-d'œuvre pour les grands travaux coloniaux : construction de routes, de voies ferrées, de forts et de postes avancés dans le Sahara dans des conditions climatiques extrêmes.

Au début du Xxème siècle, la Tunisie est « sous protectorat français », pas à proprement parlée « colonisée » - comme l’Algérie par exemple - puisque le Bey de Tunis demeure le souverain officiel et que les autochtones conservent leur nationalité tunisienne ; mais l’État français disposait d’un droit de véto sur toutes les décisions….. Chacun devine bien que ce Protectorat ne s’est pas mis en place sans heurts.

Malgré leur statut disciplinaire, les BILA étaient de véritables unités de combat. Ils ont participé à de nombreuses campagnes militaires (Algérie, Mexique, Crimée, Tonkin, Madagascar) et se sont illustrés par une grande bravoure lors de la Première Guerre mondiale (notamment aux combats de Champagne et de Verdun).

Le régime y était particulièrement drastique, marqué par le cachot, les peines de travail forcé et une surveillance constante par le cadre d'officiers et de sous-officiers.

Les Joyeux sont très célèbres pour avoir popularisé le tatouage au début du XXᵉ siècle. Le corps des soldats (bras, torse) était souvent recouvert de devises picaresques, de motifs sentimentaux ou d'avertissements (« Mort aux vaches », « Pas de chance », « Enfant du malheur »), devenus un sujet d'étude fascinant pour les sociologues et historiens de l'époque.

Chasseur de 2e classe et à l’issue de 3 années, Paul passe au 27e RI par décision de M. le Général commandant la division d'occupation en Tunisie en date du 8 octobre 1903. Cette mutation actait la fin de son service actif au sein des bataillons disciplinaires d'Afrique en Tunisie et son rapatriement en métropole vers son nouveau régiment d'attache. En 1904, il est envoyé en disponibilité mais le certificat de bonne conduite lui sera refusé.

La parenthèse illusoire et le retour aux ombres

Le 12 août 1905, Paul épouse la jeune Emilie Charlotte HERVET, (AD 02 n°286 page 298/565) à Saint-Quentin ; les futurs époux résidaient tous les deux au 18 rue Bisson : même immeuble ou bien même logement, je ne peux dire. Car à Saint-Quentin, la Première Guerre mondiale a causé d'immenses destructions matérielles et documentaires dans la ville ; et les registres de recensement municipaux du XIXᵉ siècle ont en grande partie disparu dans les incendies et destructions de 1914-1918.

On aurait pu le croire assagi. De retour des rigueurs du désert tunisien et des épreuves du 4e bataillon d'Afrique, le jeune homme semblait avoir trouvé un port d'attache. En épousant Émilie Charlotte HERVET, ouvrière d'apprêt au destin tout aussi cabossé par la vie, Paul semblait sceller un pacte de respectabilité ordinaire. Dans les faubourgs de Saint-Quentin, cette union offrait l'illusion d'un nouveau départ, la promesse fragile d'une existence rangée, rivée au labeur quotidien et à la douce torpeur d'un foyer enfin reconstitué.

L'apaisement n'était qu'un vernis. Il faut dire, que bien avant son mariage, la jeune Emilie Charlotte était fichée par la police des mœurs comme prostituée, et s'est donc « soumise » aux obligations légales et réglementaires de l'époque.

Une « fille soumise » est une prostituée déclarée aux autorités et inscrite sur les registres officiels de la police ; en échange de cette inscription elle subit, entre autre, un contrôle sanitaire permanent l’astreignant à des contrôles gynécologiques réguliers - et souvent humiliants - menés par des médecins de la police, afin de dépister les maladies vénériennes – la trop célèbre syphilis notamment - pour protéger « les clients »... et l'ordre public.

À peine les tourments de la jeunesse militaire oubliés, les vieux démons et les réflexes du pavé saint-quentinois reprennent le dessus de plus belle. Loin de s'installer dans la routine laborieuse des faubourgs, le couple renoue rapidement avec les marges.

Sur le plan purement historique et généalogique, les documents administratifs (comme la fiche matricule) n'indiquent pas la motivation psychologique ou la cause exacte de sa récidive. Cependant, au vu du contexte économique, social et judiciaire de Saint-Quentin en 1905-1906, j’imagine que le retour à la vie civile a dû être très compliqué.

Avoir servi au 4ᵉ BILA et être rentré avec un certificat de bonne conduite refusé représentait une tâche indélébile sur un livret de travail ; les patrons de Saint-Quentin devaient se méfier vivement des anciens « Joyeux » et puis Paul a souvent fait la une du « Guetteur de Saint-Quentin ».

Sans recommandation, rejeté par le circuit du travail légal, un jeune homme de 24 ans sans ressources se retrouvait très vite acculé à la misère ou aux expédients. En revenant s'installer au 18 rue Bisson à Saint-Quentin, Paul réintégre exactement le même quartier populaire et marginal qu'avant son départ à l'armée. Retrouver ses anciens camarades de rue était souvent le seul moyen d'obtenir une solidarité immédiate : trouver un toit, un coup de main, du tabac ou de l'alcool et de quoi manger....

L’incarnation de l’Apache des faubourgs

Au tournant du XXᵉ siècle, la presse à grand tirage et la bourgeoisie citadine ont façonné une figure mythique et redoutée : celle de l’« Apache ». Loin du romanesque de papier glacé, Paul SORLIN en incarna la brutale et poignante réalité.

Il en possédait tous les codes. Peut-être la panoplie vestimentaire et la posture, peut-être un regard sombre défiant un ordre social qui ne lui réservait aucune place. Mais au-delà de l’apparence, c’est son parcours qui scelle son appartenance à ce monde des marges. Passé par les bataillons disciplinaires d’Afrique — le redoutable 4ᵉ BILA du Sud tunisien —, il est revenu à Saint-Quentin estampillé du sceau des insoumis, porteur d’un certificat de bonne conduite refusé qui lui fermait d’emblée la porte des ateliers respectables.


Paul était un Apache parce qu’il appartenait à cette jeunesse prolétaire et déclassée des faubourgs industriels du Nord, vivotant entre petits métiers, débrouille et coups de poing.

La combinaison de la stigmatisation d'Émilie par la police des mœurs et du passé militaire disciplinaire de Paul formait un cercle vicieux où la marginalité de l'un renforçait celle de l'autre.

Le besoin, l'implacable engrenage de la misère ouvrière poussent à nouveau Paul et Émilie vers la délinquance. Moins d'un an après leur union, c'est la chute judiciaire : en juin 1906, le tribunal correctionnel frappe du poing, condamnant le jeune homme à la prison et à l'interdiction de séjour.

La trajectoire de Paul épouse trait pour trait la destinée tragique et fulgurante des Apaches de la Belle Époque, ces révoltés sans cause que la société préférait enfermer et chasser plutôt que d'essayer de leur tendre la main.

En un claquement de bois, l'illusion d'une réinsertion par le mariage s'effondre. La peine de prison vient sanctionner le vol, mais c'est l'interdiction de séjour qui porte le coup le plus rude : elle le bannit de sa propre ville, le couchant sur la liste des indésirables et le condamnant, dès sa libération, à l'exil loin des faubourgs saint-quentinois.

Cette mesure d’éloignement contraint le couple soit à la clandestinité et s'ils revenaient à Saint-Quentin au risque d'être à nouveau arrêtés pour « rupture de ban », soit à l'exil vers d'autres grands centres urbains ou industriels.

Une double peine visant les « Apaches » et délinquants récidivistes à les couper de leur milieu, de leurs bandes et de leurs habitudes locales.

L'exil et la fosse : la tentative de réinsertion à Montigny-en-Gohelle

Je ne sais pas dans quelle prison a été incarcéré Paul, puisque les registres des écrous des archives départementales de l’Aisne ne sont pas en ligne.

Quoiqu’il en soit, à sa sortie de prison, banni de Saint-Quentin par les cinq années de son interdiction de séjour prononcée en juin 1906, Paul trouve refuge dans le Pas-de-Calais, à Montigny-en-Gohelle, dès le mois de février 1907. C'est une terre de contrastes et de drames récents : personne n’a oublié la terrible catastrophe de Courrières, survenue le 10 mars 1906 - qui a endeuillé tout le bassin minier voisin, rappelant la dangerosité extrême de ce monde souterrain.

L'accident a été provoqué par un coup de grisou ou un feu mal maîtrisé au fond. Le souffle de l'explosion a détruit les installations de surface et ravagé les puits. Mais elle a surtout fait 1 099 morts, de nombreux enfants mineurs (galibots) et pères de famille périssant étouffés ou brûlés dans les galeries souterraines. 

La catastrophe a provoqué une immense colère contre la Compagnie des mines, accusée de négligence en matière de sécurité et de lenteur dans les secours. Cela a déclenché une vaste grève dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, mobilisant des dizaines de milliers de travailleurs.

Ce drame national a profondément marqué la société française de la IIIe République. Il a mis en lumière la dureté de la condition ouvrière et a poussé l'État à renforcer considérablement la réglementation sur la sécurité dans les mines (notamment l'arrosage des poussières et l'amélioration de l'aération) ainsi que la législation sur la responsabilité patronale et les accidents du travail.

Pourtant, c'est dans ce décor noir de charbon et de terrils que Paul tente de se refaire une virginité professionnelle ; cette région minière du Pas-de-Calais, bien que traumatisée par la catastrophe, représentait un gigantesque bassin d'embauche ouvrière. C'est donc dans ce secteur que Paul a cherché à se faire oublier et à exercer le métier de houilleur (mineur de fond), loin des contrôles de police et des tribunaux de Saint-Quentin, avant de replonger rapidement dans les infractions.

De la cellule de prison au coron en passant par la garnison nord-africaine, chaque changement d'adresse de Paul traduit la trajectoire chaotique d'un marginal cherchant à réinventer son destin, tiraillé entre ses dérives et ses attachements. C’est ainsi qu’il se fait de nouveau arrêté en 1908 pour ne pas avoir respecté cette insupportable interdiction de séjour : c’est peut-être avant tout revoir la figure maternelle, revoir son épouse, retrouver un havre familier ou chercher un soutien discret à un moment de bascule, c’est retrouver le noyau des anciens compagnons, renouer avec une sociabilité familière, mais parfois aussi reprendre pied dans des réseaux d'entraide plus ou moins informels.

De la case prison aux tranchées de la Marne : le destin cabossé de Paul Sorlin (1/3)

Je suis une nièce à la 3e génération de l’épouse de Paul SORLIN, Augustine Rosalie DEROUILLON, une sœur de mon Agrand-mère maternelle.

Voici l’histoire d’un enfant terrible de Saint-Quentin, « Joyeux » malgré lui et qui n’a pas pu aller jusqu’au bout de ses rêves…..

*

Paul SORLIN est né le 28 février 1881 à Saint Quentin, dans L’Aisne (AD 02 n°235 page 82/482). Il est le fils naturel de Léonie PLANTIN (PLANTAIN), ouvrière en magasin (puis fileuse et poinçonneuse). Il sera reconnu par son père Jacques, maréchal-ferrant, lors de l’union de ses parents le 24 décembre 1881 (AD 02 n°299 page 288/319).

Paul est allé à l’école puisque sur sa fiche matricule, il est signalé comme sachant lire, écrire et compter. Il exerce d’ailleurs le métier de « menuisier » comme son grand-père paternel.

Et puis le 31 octobre 1900, il s’engage dans l’armée pour une durée de 4 ans ; il intègre alors le 4ᵉ Bataillon d'Infanterie Légère d'Afrique. Mais que s’est-il passé ?…...

Redonner sa juste place à chaque histoire

Lorsque les archives vous révèlent une fiche matricule couverte de condamnations et de mentions disciplinaires, une première réaction instinctive pourrait être le recul ou le jugement. La tentation est grande de classer hâtivement un ancêtre sous l'étiquette d'un « mauvais sujet », d'un voyou ou d'un fauteur de troubles, comme mon Agrand-père Jean Beaujon, par exemple.

Mais la démarche généalogique ne consiste pas à distribuer des bons ou des mauvais points à travers le temps.

Face au parcours de Paul SORLIN, j'ai fait le choix délibéré d'écarter le jugement moral pour adopter une posture de recherche et d'empathie : non pas juger ou condamner, mais comprendre ce qui a pu basculer.

Quitter le tribunal pour entrer dans l'intimité de l'époque, c'est accepter de regarder l'histoire en face, avec toutes ses nuances. Qu'était-ce que grandir à Saint-Quentin à la fin du XIXᵉ siècle dans un foyer ouvrier harassé par le labeur, où la rue devenait le seul terrain d'apprentissage ? Comment un adolescent de 15 ans glisse-t-il, faits après faits, de la simple gaminerie à la récidive, puis aux bataillons disciplinaires des Bat' d'Af' ?

Je n’oublie jamais que derrière le langage froid des jugements correctionnels et les annotations militaires, il y a la trajectoire d'un homme – ici d’un adolescent ! - emporté par les rigueurs de son temps, par la misère sociale et par des choix contraints.

Raconter la vie de Paul, ce n'est pas chercher à l'excuser ni à romancer ses erreurs. C'est simplement remettre de la chair, des circonstances et du contexte sur un nom oublié. C'est accepter la complexité d'un arbre généalogique, fait autant de figures lumineuses que de parcours cabossés. Et je crois, sans me mentir, que ce sont les parcours les plus cabossés de mon arbre, qui me fascinent….

Une enfance chaotique

Le 20 mars 1890, son père décède. A 9 ans, Paul reste l’aîné d’une fratrie qui devait compter six enfants, mais Gaston et Louis sont décédés à 3 mois, et Georges est mort à 3 ans. Félicie est une petite fille de 7 ans et le petit dernier Théophile n’a pas encore 2 ans.

Pour sa mère, veuve avec de jeunes enfants à charge, le quotidien se transforme rapidement en une course d'obstacles exténuante.

Dans les faubourgs populaires, le pain ne tombe pas du ciel. Sans l'aide de l'État ni protection sociale digne de ce nom, le foyer bascule le jour où le père disparaît. Seule, sans autre capital que ses bras et son courage, Léonie PLANTAIN doit faire face à une vertigineuse équation : comment subvenir aux besoins de trois enfants quand chaque heure passée à travailler au dehors est une heure où sa progéniture est livrée à elle-même ? Et comment gérer sa douleur….

Le désarroi de Léonie ne fait pas de bruit. Il se lit dans l'épuisement des journées sans fin, dans l'angoisse de la veillée où l'on calcule ce qu'il reste de farine et de bois de chauffage, et dans cette impuissance silencieuse face à des ventres qu'on ne parvient plus à remplir. Comment veiller sur l'éducation de ses enfants, leur épargner les pièges de la rue et les protéger de la faim, quand l'énergie tout entière est absorbée par la quête du prochain repas ?

Avez-vous remarqué comme les femmes sont souvent accablées : si les enfants tournent mal, c’est toujours la faute de la mère…..

C'est précisément dans ces failles, nées de la misère et de l'absence, que la vie des enfants se trouve bousculée. La rue tend ses bras aux adolescents, l'engrenage des petites infractions commence, non par manque d'amour maternel, mais par l'effet implacable d'une pauvreté qui broie les familles.

Pour comprendre le parcours tumultueux de Paul SORLIN et son glissement précoce vers la petite délinquance, il faut replonger dans la réalité sociale de Saint-Quentin à la fin du XIXᵉ siècle et de toute la France dans sa globalité. Les registres et les actes d'état civil ne révèlent pas seulement des dates : ils dessinent le portrait d'un foyer populaire soumis aux dures exigences du monde ouvrier.

À Saint-Quentin, véritable poumon industriel et textile de l'Aisne, la journée de travail commence bien avant l'aube et s'achève tard le soir. Entre l'atelier du père et les labeurs de la mère, les journées sont éreintantes, rythmées par le bruit des machines et la fatigue accumulée.

Dans ces foyers modestes de la Belle Époque, gagner de quoi nourrir la famille relève du défi quotidien. Le travail n'est pas un choix, c'est une condition de survie qui épuise les corps et ne laisse aucun répit.

Face à cette surcharge de travail indispensable à la subsistance du foyer, le temps consacré à la vie familiale s'amenuise irrémédiablement. Ce n'est ni par désintérêt ni par manque d'affection, mais par pure nécessité économique que le contrôle parental se relâche ; les parents étant retenus de longues heures hors du logement ou absorbés par un labeur épuisant à domicile, les enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes dès le plus jeune âge (en témoigne cet article du 24 juin 1885 qui relate un accident de passerelle).

Faite de rencontres d'un jour, de bandes de quartier et de tentations multiples, la rue devient le véritable espace de vie des jeunes du faubourg. Sans structure d'accueil ni soutien familial étendu à proximité, le manque de surveillance devient la norme bien malgré les parents.

C'est dans ce vide éducatif forcé que s'engouffrent le désœuvrement et les mauvaises rencontres. Pour un jeune garçon de 15 ans comme Paul, privé d'un cadre strict durant la journée et influencé par la camaraderie des ruelles, le basculement se fait à voix basse : de la simple gaminerie au petit vol, de la maraude à l'outrage.

L'histoire des époux Sorlin illustre ainsi le drame discret de toute une classe ouvrière de la fin du XIXᵉ siècle : celui de parents harassés de fatigue, contraints d'abandonner malgré eux l'éducation de leurs enfants aux pièges de la rue.

Des infractions typiques de la criminalité « apache »

Terme très populaire de la Belle Époque, le mot « Apache » désignait à partir des années 1900 les jeunes voyous, bandes de quartier et petits criminels du Paris ouvrier et des grandes villes. C’est donc tout naturellement que ce qualificatif s’est imposé comme une évidence au profil délinquant de Paul .

Malgré tout, si son comportement s’approche fortement de l’« Apache » parisien, par la nature de ses délits - vols à répétition, destructions, outrages à agent - quelques distinctions historiques méritent d'être soulignées.

Tout d’abord, le terme « Apache » est né dans la presse parisienne (popularisé vers 1900-1902 par des journaux comme Le Matin ou Le Petit Journal) pour décrire les bandes organisées des faubourgs de la capitale comme Belleville, Bastille, ou Montmartre. Paul, lui, évolue dans une ville industrielle de province, Saint-Quentin et ses environs.

D’autre part, « l'Apache parisien » appartenait souvent à une bande structurée avec ses codes, son argot (le javanais), sa tenue vestimentaire (casquette, foulard rouge, bottines) et ses tatouages. Rien dans la fiche matricule ne permet de savoir si Paul faisait partie d'une bande organisée saint-quentinoise ou s'il s'agissait d'un délinquant solitaire ou marginal.

La bande viendra plus tard…..

En consultant les journaux de l’époque et la fiche matricule de Paul, il semble que les premiers faits répréhensibles – ou du moins s’est-il fait « chopé » - remontent vers l’âge de ses 15 ans :

  • Condamné le 3 décembre 1896 par le Tribunal de St-Quentin pour vol à 8 jours de prison ; il a bénéficié d’un sursis,

  • Condamné le 1ᵉʳ avril 1897 par le Tribunal de St-Quentin pour vol à 15 jours de prison,

  • Condamné le 16 juillet 1897 par le Tribunal de St-Quentin à 8 jours de prison pour outrage à agent,

  • Condamné le 21 octobre 1897 par la Cour d'Amiens à un sursis de prison, pour vol,

  • Condamné le 24 octobre 1897 par la Cour d'Amiens à 1 mois de prison pour destruction d'objet d'utilité publique et 2 ans de prison pour outrage à magistrat à l’audience (sans confusion avec la précédente condamnation).

On ne s'engageait pas dans les BILA par choix !

Le 31 octobre 1900 à Saint-Quentin, Paul s’engage dans l’armée pour une durée de 4 ans : le 4ᵉ Bataillon d'Infanterie Légère d'Afrique (Bat' d'Af'), Paul a alors 19 ans.

Les Bataillons d'Infanterie Légère d'Afrique (BILA) étaient des unités disciplinaires de l'armée française, basées en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc).

Pour Paul, ce sera la Tunisie….

Ces unités n'étaient pas destinées aux citoyens ordinaires ou aux engagés volontaires « classiques ». Elles recevaient les conscrits ayant un casier judiciaire (condamnés avant leur service militaire à des peines de prison ou d'emprisonnement avec sursis), des hommes poursuivis pour des délits mineurs, vagabondage, ou petites peines de droit commun.

En 1900, la loi militaire imposait le service militaire obligatoire. Un jeune homme de 19 ans avec des antécédents judiciaires ne pouvait pas intégrer un régiment d'infanterie classique. L’engagement volontaire fut sans doute une alternative judiciaire ; ce fut certainement une façon pour le jeune Paul d'éviter l'incarcération en maison d'arrêt civile.

samedi 17 octobre 2026

Le secret de la maîtrise

Se lancer dans la généalogie numérique, c’est un peu comme ouvrir un immense livre d'histoire dont vous êtes le héros. On découvre des bases de données fascinantes, des logiciels d'archivage complexes et des méthodes de recoupement d'informations pointues. Mais face à cette montagne de connaissances, une réalité s'impose, valable d’ailleurs pour n'importe quel apprentissage : savoir ne suffit pas, il faut intégrer.

Pour transformer la découverte en véritable maîtrise, deux piliers sont incontournables : la répétition et la pratique.

La répétition : ancrer les réflexes

Quand on débute, notre cerveau est submergé d'informations. Comment lire un acte de mariage du XIXe siècle ? Où chercher un ancêtre militaire ? Comment structurer son arbre en ligne sans s'y perdre ou bien encore reprendre son travail là où on l’avait laissé ?

C'est ici qu'intervient la répétition. Revenir plusieurs fois sur une même méthode, réutiliser le même outil de recherche, revoir un tutoriel... ce n'est pas perdre son temps, c’est créer des connexions neuronales solides. En généalogie numérique, répéter un processus permet de passer de la réflexion hésitante à l'automatisme fluide. Ce qui demandait un effort considérable au début devient, à force de répétition, une seconde nature.

De la théorie à la pratique : le véritable déclic

La théorie est rassurante. Elle nous donne l'illusion de savoir. On lit un guide sur la paléographie ou sur la gestion des homonymes dans un logiciel, et tout semble limpide. Mais c'est au moment où vous vous retrouvez seul face à l'écran, devant un document numérisé presque illisible ou un bug de base de données, que le véritable apprentissage commence.

La pratique est donc indispensable car elle se confronte au réel. C'est en faisant des erreurs, en cherchant pourquoi un acte est introuvable, et en manipulant l'outil informatique que l'on comprend vraiment le fonctionnement de la généalogie numérique. Chaque arbre est unique, chaque archive a ses pièges : aucune théorie ne peut anticiper l'histoire spécifique de votre famille ; car même si des pans de vie de votre famille « semblent » ressembler à d’autres, votre famille - donc votre arbre – est unique.

De la découverte à l'automatisme

Alors, au risque de me répéter, je vais vous présenter le logiciel GENEATIQUE.

Choisir GENEATIQUE pour concevoir son arbre généalogique, c’est opter pour un outil extrêmement puissant et complet - n’en déplaise aux utilisateurs de Heredis, dont je respecte le choix. Mais face à la richesse de ses menus, de ses cases de saisie et de ses options graphiques, il est normal de ressentir un certain vertige au début.

Pour ne pas vous laisser déborder et prendre du plaisir rapidement, la règle d'or reste la même : assimiler par la répétition, maîtriser par la pratique.

Apprivoiser l'ergonomie de GENEATIQUE

Si chaque corps de métier révèle un vocabulaire propre à sa fonction, chaque logiciel a sa propre logique, sa « grammaire et son langage ». GENEATIQUE n'échappe pas à la règle. Au début, vous allez chercher vos repères.

N’essayez pas d’utiliser toutes les fonctions le premier jour. Répétez dix fois, vingt fois la saisie d'une fiche simple : un nom, une date, un lieu, une source.... C’est par cette répétition que l'interface vous deviendra familière. Et ce n’est pas Monsieur Boileau qui me dira le contraire !

Si une manipulation vous échappe - comme la gestion des fiches doublons ou les exports GEDCOM si utiles et incontournables - consultez le guide ou une vidéo d'aide, appliquez-la, puis recommencez-la le lendemain. La répétition fixe la mémoire technique.

Certes, vous pourrez lire le manuel de GENEATIQUE d'un bout à l'autre, rien ne remplacera jamais le fait de remplir ses propres cases : la théorie vous explique comment le logiciel fonctionne, la pratique vous montre comment il réagit à vos données.

Avancez pas à pas

Pour vos premières heures sur GENEATIQUE, créez une « généalogie-test ». Pour ma part – et pour toujours rester dans le réel – j’ai retracé l’arbre généalogique de « Zacharie Blondel, le voleur de poules » envoyé au bagne de Nouvelle Calédonie ; vous pouvez également inventer des personnages ou utiliser une mini-branche de quelques générations. Saisissez, modifiez, supprimez, trompez-vous volontairement ! Ne dit-on pas que l’on apprend toujours de ses erreurs….

C'est en manipulant le logiciel face à des cas concrets comme la gestion des remariages, l’ajout des parrains/marraines, l’édition de statistiques, et bien d’autres commandes encore, que vous comprendrez la structure profonde de GENEATIQUE ; et puis, exercer sa pratique sur un projet fictif libère totalement de la peur de « casser » son vrai travail.

GENEATIQUE est un logiciel qui s'apprécie dans la durée. En forgeant votre propre routine de saisie par la pratique quotidienne, le logiciel cessera d'être un obstacle technique pour devenir ce qu'il doit être : le plus fidèle allié de vos enquêtes familiales.

Introduction au Challenge AZ 2026 : Ma généalogie numérique

La généalogie d’aujourd’hui ne se fait plus seulement - et j’insiste sur seulement - avec un cahier, un crayon et des archives poussiéreuses. Elle se construit aussi sur un écran, avec un logiciel, sur une plateforme en ligne, au rythme des clics, des découvertes et des vérifications. Cette généalogie numérique, nous la pratiquons souvent sans vraiment la nommer. Elle nous accompagne, nous facilite la vie, nous surprend parfois, et nous oblige aussi à développer de nouvelles habitudes, de nouveaux gestes et surtout de nouvelles vigilances.

Pour ce Challenge AZ 2026, j’ai choisi donc d’explorer ma manière de faire de la généalogie à l’ère du numérique, en m’appuyant sur les trois outils qui structurent mon quotidien de « généalogiste amateure » :

  • GENEANET & FILAE, pour chercher, rencontrer, partager, naviguer dans les arbres des autres,

  • GENEATIQUE, pour organiser, structurer, vérifier, construire patiemment mon arbre de travail.

Ces univers ne s’opposent pas : ils se complémentarisent. L’un ouvre des portes, l’autre construit des fondations. L’un montre, l’autre approfondit. L’un relie, l’autre ordonne.

À travers cet abécédaire, je vous propose un voyage pédagogique – attention en toute modestie ! - lettre après lettre, pour comprendre comment ces outils transforment notre manière de chercher, de classer, de visualiser, de transmettre. Chaque lettre sera l’occasion de :

  • découvrir une méthode ou un geste numérique,

  • comment utiliser Généatique sans appréhension,

  • voir comment Geneanet & Filae et Généatique peuvent « dialoguer »,

  • apprendre à éviter les pièges les plus fréquents,

  • gagner en autonomie, en confiance, en clarté.

Ce Challenge n’est pas un manuel technique ; c’est juste un chemin d’apprentissage, une invitation à apprivoiser la généalogie numérique avec douceur, curiosité et méthode, un petit clin d’oeil aux personnes qui m’ont suivie l’année précédente lors des ateliers de généalogie.

Que vous soyez débutant(e), confirmé(e), ou simplement curieux de comprendre comment le numérique façonne nos arbres, j’espère que cet abécédaire vous donnera des repères, des idées, et peut‑être même l’envie de revoir votre propre manière de travailler.

Bienvenue dans Ma généalogie numérique : de A à Z. Il ne s’agit pas de vous imposer une méthode, mais de vous présenter tout simplement la mienne…. Sachant qu’il en existe plein d’autres ! Vous verrez, ce n’est pas bien compliqué : il suffit de se laisser aller vers sa passion….

mercredi 14 octobre 2026

Fusillé sur son brancard : L'affaire Chapelant et les fantômes de la Grande Guerre de Jean-Yves LE NAOUR

Le livre retrace l'histoire réelle du sous-lieutenant Julien Chapelant, fusillé « pour l'exemple » le 11 octobre 1914 au Bois-des-Loges (Somme) pour accusation de capitulation / reddition à l'ennemi. Gravement blessé à la jambe avec une fracture ouverte, il était incapable de tenir debout. Pour appliquer la sentence, il a été attaché à son brancard redressé verticalement face au peloton d'exécution.

Cette affaire est devenue l'un des scandales les plus emblématiques des fusillés pour l'exemple de la Première Guerre mondiale, suscitant de vives polémiques et inspirant en partie des œuvres comme Les Sentiers de la gloire.

Alors, coupable ou innocent ?

Plutôt que d'imposer un récit unifié ou une vérité tranchée, l'historien adopte une démarche pédagogique et originale ; il est laissé au choix du lecteur soit la thèse de la culpabilité, soit la thèse de l’innocence.

Dans la première partie, l’historien reprend les documents d'archives militaires, les procès-verbaux officiels et les témoignages à charge accusant Chapelant d'avoir failli, d'avoir ordonné à ses hommes de rendre les armes ou de s'être rendu à l'ennemi sous la panique.

Dans la seconde partie, il présente les contre-enquêtes, les campagnes mémorielles menées par les anciens combattants et la Ligue des Droits de l'Homme, ainsi que les témoignages disculpant le sous-lieutenant et dénonçant une justice militaire expéditive et aveugle.

La troisième partie – la plus petite mais la plus intéressante à mon goût – est une réflexion sur le métier d’historien. À travers le choc des témoignages contradictoires, Jean-Yves Le Naour analyse la subjectivité de la mémoire, la partialité des récits de guerre et la difficulté d'établir une vérité absolue des années après les faits.

Le lieutenant-colonel Didier

Complexe et déterminé, ce gradé est une figure centrale dans le destin tragique du sous-lieutenant Julien Chapelant. Commandant du 98 RI (régiment d'infanterie) au moment des faits en octobre 1914, il incarne toute l'ambivalence et la dureté de l'autorité militaire au début de la Première Guerre mondiale.

Face au choc des premiers combats et au spectre du désordre ou de la désertion dans les rangs, le colonel Didier adopte une posture d'extrême sévérité. Convaincu que Chapelant s'est rendu ou a ordonné la reddition face à l'ennemi, il fait preuve d'une grande véhémence envers le jeune sous-lieutenant blessé.

Plusieurs témoignages rapportent que lors du premier affrontement verbal, Didier aurait tendu son propre revolver à Chapelant, lui intimant de se brûler la cervelle pour « racheter sa lâcheté » — ce à quoi le jeune soldat blessé répondit qu'il était innocent et qu’il ne pouvait se suicider car contraire à ses principes religieux.

Alors, que s’est-il réellement passé ce matin du 7 octobre 1914 dans le Bois des loges ? Les allemands attaquent depuis le 2 octobre, soucieux d’ouvrir la route de Compiègne pour foncer sur Paris. Les hommes du sous-lieutenant Chapelant se trouvent à court de munitions et la mitrailleuse est hors d’usage. Les renforts ne sont jamais arrivés....

Les ordres sont clairs : mieux vaut se faire tuer sur place que de reculer…. Julien Chapelant se rend avec une dizaine de ses hommes. Deux jours plus tard, il sera ramassé agonisant sur un talus, déjà condamné par la cour martiale avant d’être jugé !

La pression du commandement supérieur

Didier veut un exemple et  « considère le châtiment comme  nécessaire et édifiant ». Bien qu'inflexible sur le principe de la discipline militaire, Didier se retrouve confronté à un dilemme pratique et moral : comment exécuter un homme gravement blessé à la jambe, incapable de tenir debout ?

Pris de scrupules au moment d'appliquer le jugement, il en réfère à sa hiérarchie (notamment au général Demange). La réponse reçue est sans délai : « vous trouverez demain, avec l'aide de votre médecin, le moyen de mettre debout ce malheureux avant de le faire tomber » ; Didier est donc dans l'obligation d'exécuter l'ordre, conduisant à la tragique mise en scène du brancard ficelé à un arbre.

Devenu général par la suite, Didier restera marqué toute sa vie par cette affaire. Face aux vives polémiques de l'entre-deux-guerres et à la campagne de réhabilitation menée par la Ligue des Droits de l'Homme et la famille Chapelant, il publiera lui-même un ouvrage justificatif (La vérité sur l'affaire Chapelant, 1928) pour défendre la légitimité de la décision du conseil de guerre et la discipline du commandement.

L’historien face au piège de la vérité unique

Plutôt que de trancher arbitrairement, l'auteur démontre que le rôle de l'historien est d'exposer les contradictions, de montrer comment se construisent les versions officielles et enfin de restituer la complexité des faits sans céder au manichéisme. Il pousse le lecteur à se placer dans la position du juge et met en lumière l'inconfort de la position historienne :

  • Sommes-nous capables de juger les hommes de 1914 avec nos critères du XXIe siècle ? le colonel Didier n'est pas simplement dépeint comme un « bourreau », un alcoolique impitoyable et inhumain, mais comme l'incarnation d'un système militaire sous tension maximale...

  • Comment peser objectivement la peur panique face au feu ennemi, la fatigue extrême des troupes et l'implacable impératif de la discipline de guerre ? L'historien n'est donc pas là pour absoudre ou condamner moralement, mais pour comprendre les logiques mentales et institutionnelles d'une époque révolue.

Jean-Yves Le Naour présente l'historien non pas comme un grand juge du passé, mais comme un enquêteur de l'incertain, dont la mission est d'accepter les zones d'ombre de l'Histoire et de rappeler que le passé est toujours plus ambigu et complexe que les récits qu'on en tire après coup.

D’un côté il y a ceux « qui portent le combat de la réhabilitation comme un prétexte, aux fins de dénoncer la guerre et, au-delà de 14-18, de dénoncer toutes les guerres. D’autres se braquent parce qu’ils croient défendre l’honneur de l’armée en refusant tout geste de pardon. (….) L’évolution de la mémoire de la Première Guerre Mondiale a depuis longtemps transformé les héros en victime, et les fusillés apparaissent désormais comme des sur-victimes. »

L’auteur de cet excellent ouvrage dénonce la politisation des historiens, qui « ont donc préconisé habilement une réhabilitation mémorielle – et non juridique – notamment un espace réservé au musée des armées. Une recommandation que s’est empressé de valider un président adepte de la pacification mémorielle. On le vit ainsi, lors des commémorations de la bataille du Chemin des Dames, écouter en même temps et la chanson de Craonne et le Chant du départ, c’est-à-dire le chant de souffrances des poilus et un hymne révolutionnaire appelant au sacrifice. C’est aller très loin dans l’esprit de compromis. »

L'historien doit se départir des passions mémorielles pour analyser froidement les rouages de la justice militaire, tout en mesurant le poids de la souffrance humaine.

Jean-Yves LE NAOUR nous rappelle au passage, qu’ils sont encore environ 600 à attendre une réhabilitation…..

Un destin tragique

Pour celles et ceux qui me suivent – ou me connaissent – je n’ai pu résister à l’envie de rechercher les sources de cette affaire.

Jean Julien Marius Chapeland est né le 4 juin 1891 à Ampuis, dans le département du Rhône (AD 69 n°17 page 4/7).

Incorporé au 98ème régiment d'infanterie le 11 juin 1909 pour une durée de 3 ans, à la mairie de Vienne (Isère), il n’aura de cesse de gravir les échelons :

La section encadrée sous la mention « Antécédents judiciaires et condamnations » indique sa condamnation par le Conseil de guerre du 98 RI en date du 11 octobre 1914, une condamnation par une cour martiale avide de faire exécuter rapidement la sentence : peine de mort et dégradation militaire, sous l'accusation de capitulation en présence de l'ennemi.

Sur le plan strictement juridique, le sous-lieutenant Julien Chapelant n'a jamais été réhabilité par les tribunaux ou les cours spéciales de justice. Toutefois, il a fait l'objet d'une reconnaissance administrative et mémorielle majeure.

J’ai pu retrouver son acte de décès dans les registres de 1915 (AD 69 n°42 page 8/9) :

Le 29 juin 1934, l'affaire est portée devant la Cour spéciale militaire de révision. Celle-ci refuse à son tour d'annuler la condamnation du conseil de guerre et rejette la réhabilitation.

Faute de réhabilitation judiciaire, la mémoire de Julien Chapelant a été révisée au niveau ministériel ; le 31 octobre 2012 (avec effet officiel au 8-9 novembre 2012), le ministre délégué aux Anciens combattants a accordé à Jean-Julien Chapelant la mention officielle « Mort pour la France ».

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Pour en savoir plus :

L’auteur – Jean-Yves Le Naour

Jean Julien Marius Chapelant : généalogie par André HERVE (herve34) –Geneanet

CHAPELANT Jean Julien Marius - Faire une recherche (Mémoinre des Hommes)

98e régiment d'infanterie (France) — Wikipédia

Les crimes des Conseils de guerre (Chtimiste)