Nivôse est un mois du calendrier républicain où chaque jour porte le nom d’un élément de la nature, d’un outil ou d’un animal, afin de remplacer les saints du calendrier chrétien.
Depuis l’Antiquité, les peuples ont cherché à donner du sens au temps. Pour organiser la semaine, ils ont associé chaque jour à un astre visible dans le ciel, et chaque astre à une divinité. C’est ce système, né dans le monde gréco‑romain puis transformé par les cultures germaniques et chrétiennes, qui a donné les noms de nos jours actuels :
Lundi vient de Lunae dies, « le jour de la Lune » ; la Lune, astre du cycle et des rythmes naturels, ouvre la semaine
Mardi, Martis dies, est consacré à Mars, dieu romain de la guerre ; en anglais Tuesday renvoie à Tiw, son équivalent germanique ; on voit ici comment les cultures se superposent : romaine d’un côté, germanique de l’autre
Mercredi, Mercurii dies, est dédié à Mercure, dieu du commerce et messager des dieux ; l’anglais Wednesday évoque Woden (Odin), figure majeure du panthéon nordique.
Jeudi, Jovis dies, est le jour de Jupiter, maître des dieux ; Thursday en anglais renvoie à Thor, dieu du tonnerre dans la mythologie scandinave.
Vendredi, Veneris dies, honore Vénus, déesse de l’amour ; l’anglais Friday dérive de Frigg, son équivalent germanique ; Frigg est la déesse germanique associée à l’amour et au foyer ; deux cultures, mais un même symbole
Samedi provient de dies Saturnii, « le jour de Saturne », sens conservé en anglais (Saturday) ; en français, l’influence judéo‑chrétienne a transformé le mot en « jour du Sabbat » (sambati dies)
Dimanche vient de dies Dominicus, « le jour du Seigneur » ; en anglais (Sunday) comme en allemand (Sonntag), on a conservé l’ancienne appellation païenne : « le jour du Soleil » (Sol dies) ; c’est l’empereur Constantin qui a fait coïncider ce jour solaire avec la journée de culte chrétien.
La Révolution Française a supprimé toute relation à la religion judéo-chrétienne ; une nouvelle nomenclature a été conçue par Fabre d’Églantine, qui voulait célébrer le monde rural et le travail des champs.
Chaque mois comptait 30 jours, divisés en 3 décades :
Les jours 1, 11 et 21 sont des plantes
Les jours 5, 15 et 25 sont des animaux
Les jours 10, 20 et 30 sont des outils ou matériaux — c’est là que se trouvent l’argile et l’ardoise.
Mais en effectuant des recherches pour en savoir plus sur ce jour de l’ardoise, j’ai découvert qu’il correspondait au 20ème jour du mois de Messidor….
Alors pourquoi mon « Almanach généalogique » me donne une autre date ? Tout simplement parce que le calendrier républicain n’est plus utilisé depuis 1806, et qu’il n’existe aucune correspondance fixe entre une date grégorienne moderne (comme le 2 janvier 2026) et un « jour républicain » comme l’Ardoise.
Selon le système Romme, nous serions aujourd’hui en l'An 234 de la République.
Le 20ème jour du mois de Pluviôse est bien « le jour de l’Argile », un matériau qui évoque la terre malléable, la création, le façonnage et renvoie au travail manuel, à la poterie, à la construction, mais aussi à la fertilité de la terre en plein cœur de l’hiver humide (Pluviôse).
Quant au « jour de l'Ardoise », il est bien le 20ème jour du mois de Messidor ; l’ardoise est un matériau de toiture, donc lié à l’habitat et à la protection ; mais elle évoque aussi l’écriture (tablettes d’ardoise), ce qui en fait un symbole de transmission et de savoir. Placée en Messidor, mois des moissons, elle rappelle les constructions rurales et les outils du monde paysan.
Le choix de l’auteur est donc un choix éditorial : j’avais simplement oublié le CONTEXTE.
Le « contexte » est la clé pour comprendre pourquoi cet almanach 2026 ne suit pas strictement les règles du calendrier républicain d’origine.
Le calendrier républicain d’hier (entre 1792 et 1806) était un outil de rupture politique, destiné à effacer les références chrétiennes, utilisant un système cohérent, pensé pour durer, mais avec des règles complexes (années sextiles, calcul de Romme, jours complémentaires…). Ce fut un outil pour organiser la société.
Dans ce contexte, chaque date avait une correspondance précise, et les noms des jours avaient une fonction civique et symbolique.
Le calendrier républicain d’aujourd’hui est, quant à lui, plus un outil culturel et symbolique.
Sonia Rousseau ne cherche certainement pas à reconstruire un calendrier républicain historique ; elle ne peut d’ailleurs pas s’appuyer sur l’équinoxe réel, sinon l’année ne commencerait pas le 1er janvier !
Elle choisit d’en faire un fil rouge culturel, un clin d’œil historique, un support d’inspiration pour écrire cet article : Merci Sonia !
C’est exactement ce qui rend cet almanach 2026 si riche : il ne cherche pas à imiter le passé, mais à le faire vivre autrement. Voici donc un bel ouvrage pour nourrir la réflexion, la mémoire, la créativité.
*
Pour en savoir plus :
Calendrier républicain et grégorien : Table de concordance (Guide généalogique / Généatique)
Le calendrier républicain (Blog de Marie Christine Perrin)
Le calendrier révolutionnaire et ses symboles (Clés pour l'histoire, ressources de Bourgogne-Franche-Comté)


